Il y a des problèmes qui, malgré les années et les innovations, persistent comme une ombre sur le MMA. Parmi eux, les coups de doigt involontaires dans les yeux – ces instants où un combat bascule à cause d’un geste accidentel, mais aux conséquences immédiates. Demetrious Johnson, l’ancien champion des poids mouches de l’UFC et légende du sport surnommée Mighty Mouse, a récemment relancé le débat. Pour lui, ce fléau est bien plus qu’un simple accident : c’est une conséquence inévitable de la mécanique même du combat.
Des Réflexes Naturels qui Trahissent les Combattants
Lors d’un épisode de son émission YouTube, Johnson a disséqué le problème avec une précision chirurgicale. Selon lui, tout part d’un réflexe élémentaire : quand un combattant est sous pression, ses mains s’écartent instinctivement pour se protéger. Ce mouvement, bien que logique, expose les doigts et augmente exponentiellement les risques de contact avec les yeux de l’adversaire. « C’est comme essayer d’arrêter un éternuement, a-t-il comparé. Votre corps réagit avant même que votre cerveau ait le temps de réfléchir. »
Prenons l’exemple récent de Ciryl Gane face à Tom Aspinall : lors d’un échange serré, un doigt a atterri dans l’œil du Français, provoquant une pause et une frustration palpable. Pour Johnson, cet incident n’est pas une exception, mais la norme. « Les gens crient à la négligence, mais en réalité, c’est juste de la physique et de la biologie, a-t-il expliqué. Le corps humain n’est pas conçu pour le MMA. »
Le Muay Thai, Coupable Idéal ?
Johnson a également pointé du doigt une particularité technique : la posture du Muay Thai, largement adoptée en MMA. Lorsqu’un combattant lance un coup de pied, ses bras s’étendent naturellement pour maintenir l’équilibre et protéger le visage. « C’est une base, a-t-il souligné. Mais cette extension des bras, combinée à la garde ouverte, transforme vos doigts en cibles mobiles. »
Le problème est d’autant plus complexe que cette technique est enseignée dès les premiers entraînements. « On ne peut pas demander à un combattant de désapprendre ce qui lui a permis de survivre dans la cage, a-t-il ajouté. C’est comme demander à un nageur de ne plus bouger les bras. »
Pour illustrer, prenons le cas de Jon Jones, souvent critiqué pour ses coups de doigt répétés. Ses détracteurs l’accusent de malveillance, mais Johnson tempère : « Jones a une envergure énorme et une garde très large. Statistiquement, ses doigts ont plus de chances de toucher les yeux de son adversaire. Ce n’est pas de la tricherie, c’est de la géométrie. »
Les Gants de l’UFC : Une Fausse Bonne Idée ?
En 2023, l’UFC a tenté de régler le problème en introduisant de nouveaux gants, censés réduire les risques de coups de doigt. Résultat ? Un échec cuisant. Après plusieurs tests en combat, la fédération est revenue au modèle précédent, reconnaissant implicitement que la technologie actuelle ne peut pas contrer un problème humain.
« Les gants plus épais ou plus rembourrés ne changent rien, a martelé Johnson. Le problème, ce sont les doigts qui dépassent. Tant qu’ils seront exposés, les accidents continueront. » Sa solution ? Un retour aux gants de boxe, plus fermés et moins permissifs. « En boxe, on ne voit presque jamais de coups de doigt, parce que les gants couvrent entièrement les mains. Pourquoi ne pas s’en inspirer ? »
Cependant, cette proposition soulève des questions. Les gants de boxe limitent la préhension, essentielle pour les soumissions et le grappling. « C’est un compromis, reconnaît Johnson. Mais si on veut vraiment éliminer les coups de doigt, il faut accepter de sacrifier une partie de la diversité technique du MMA. »
Et Si le Problème Était Sans Solution ?
Face à ce constat, une question s’impose : et si les coups de doigt faisaient simplement partie du sport ? Johnson, pragmatique, n’exclut pas cette possibilité. « Le MMA est un sport jeune, en constante évolution. Peut-être qu’un jour, on trouvera une solution. En attendant, les combattants, les juges et les fans doivent apprendre à vivre avec. »
Certains proposent des alternatives :
- Une formation spécifique pour apprendre aux combattants à garder les doigts serrés.
- Des pénalités plus sévères pour les coups de doigt répétés, même accidentels.
- Des protections oculaires légères, comme en taekwondo, bien que cela puisse altérer la vision.
Mais Johnson reste sceptique : « Toutes ces idées ont des limites. La seule vraie solution, ce serait de redessiner le corps humain – et ça, même Dana White ne peut pas le faire. »
Le Point de Vue des Critics : Tricherie ou Malchance ?
Tous les experts ne partagent pas l’avis de Johnson. Joe Rogan, commentateur emblématique de l’UFC, a souvent suggéré que certains combattants exploitent les coups de doigt pour gagner du temps ou casser le rythme de leur adversaire. « Il y a une différence entre un accident et une habitude, a-t-il déclaré. Quand un guy comme Jones ou Gane se fait prendre trois fois dans un combat, ça devient suspect. »
De son côté, Daniel Cormier, autre légende du sport, pense que le problème est surestimé : « Les coups de doigt font partie du jeu, comme les coups bas. Ça arrive, on prend une pause, et on reprend. Le MMA n’est pas un sport propre, et c’est ce qui le rend excitant. »
Johnson, lui, balaye ces arguments d’un revers de main : « Bien sûr, il y a des tricheurs. Mais la majorité des coups de doigt sont accidentels. Blâmer les combattants, c’est comme blâmer un footballeur qui se tord la cheville. »
Vers un MMA Plus Sûr… ou Plus Brutal ?
Le débat sur les coups de doigt soulève une question plus large : jusqu’où le MMA doit-il aller pour protéger ses athlètes sans dénaturer le sport ? Les règles évoluent – interdiction des coups de coude au sol, limitations des strikes à la tête pour les amateurs – mais certaines constantes, comme les coups de doigt, résistent.
Pour Johnson, la solution passe par un changement de mentalité : « Au lieu de chercher à éliminer totalement les coups de doigt, concentrons-nous sur la façon de mieux les gérer. Des arbitres plus réactifs, des pauses plus courtes, des protocoles clairs… On ne peut pas contrôler l’incontrôlable, mais on peut limiter les dégâts. »
En attendant, les fans devront continuer à serrer les dents lors de ces moments frustrants – et les combattants, à s’adapter. Comme le résume Johnson avec un sourire : « Le MMA, c’est comme la vie : parfois, ça fait mal. Et parfois, ça pique les yeux. »

