Un record qui en dit long sur la résilience polonaise
Le 12 octobre 2023, un seuil symbolique a été franchi dans les coulisses de l’UFC. Sans tambour ni trompette, Michał Oleksiejczuk, alias le "Hussar", est devenu le 5ème combattant polonais ayant passé le plus de jours sous contrat actif dans l’organisation, dépassant ni plus ni moins que Joanna Jędrzejczyk, ancienne championne des poids pailles et icône du MMA féminin. Avec 2887 jours (soit près de 8 ans) à son actif, Oleksiejczuk s’inscrit désormais dans l’histoire d’un sport où la longévité est une denrée rare.
Pour comprendre l’ampleur de cette performance, il faut rappeler que l’UFC est un environnement impitoyable : selon les statistiques de FightMatrix, la durée moyenne d’une carrière dans l’organisation est d’environ 3 à 4 ans. Les combattants sont souvent éjectés après deux ou trois défaites consécutives, et les blessures chroniques guettent ceux qui durent. Dans ce contexte, 2887 jours relèvent presque de l’exploit. D’autant que Oleksiejczuk évolue chez les poids mi-lourds (93 kg), une division où la compétition est féroce, avec des athlètes comme Alex Pereira, Jiri Prochazka ou Jamahal Hill qui trustent les premières places du classement.
À titre de comparaison, Joanna Jędrzejczyk, qu’il vient de dépasser, a disputé 15 combats en 2877 jours (soit une moyenne d’1 combat tous les 192 jours). Oleksiejczuk, lui, en compte 17 en 2887 jours (1 combat tous les 170 jours), preuve d’une activité encore plus soutenue. "C’est un combattant qui n’a jamais refusé un fight, même contre des adversaires redoutables. Il n’a pas le palmarès flamboyant d’un Błachowicz, mais il est toujours là, et c’est ça qui force le respect", analyse Marek Ryszka, journaliste spécialisé en MMA pour Sport.pl.
"Hussar" : l’homme qui défie les lois du MMA moderne
Michał Oleksiejczuk n’a pas le profil d’une star. Pas de titre mondial, peu de combats main event, et une médiatisation limitée en dehors de la Pologne. Pourtant, son parcours est celui d’un survivant, un terme qui prend tout son sens dans l’UFC. Originaire de Varsovie, il débute sa carrière professionnelle en 2013 avant de rejoindre l’UFC en 2017 via The Ultimate Fighter 28. Dès ses débuts, il se fait remarquer par son style agressif et sa capacité à encaisse—une qualité essentielle pour durer.
Son surnom, "Hussar", fait référence aux célèbres cavaliers polonais du XVIIème siècle, réputés pour leur bravoure et leur résistance. Un nom qui lui colle à la peau : Oleksiejczuk a essuyé des défaites (contre Ovince Saint Preux, Jimmy Crute ou Nikita Krylov), mais a toujours rebondi. "Dans ce sport, soit tu es un phénomène qui monte vite, soit tu es un gars solide qui dure. Michał est clairement dans la deuxième catégorie, et c’est tout aussi précieux pour l’UFC", explique Tomasz Marcinkowski, entraîneur à l’AKA Poland.
Ce qui frappe chez Oleksiejczuk, c’est sa capacité à s’adapter sans jamais changer radicalement de style. Contrairement à d’autres combattants qui réinventent leur jeu après chaque revers, lui reste fidèle à ses fondamentaux : un boxing puissant, un jeu au sol efficace (malgré un background initial en kickboxing), et une condition physique à toute épreuve. "Il n’a pas la technique la plus raffinée, mais il compense par son intelligence de combat et sa préparation physique. C’est un travailleur acharné", confie un membre de son équipe, sous couvert d’anonymat.
Derrière les chiffres : la stratégie d’un outsider
Comment expliquer une telle longévité ? Plusieurs facteurs entrent en jeu :
1. Une gestion intelligente des combats : Oleksiejczuk n’a jamais cherché à éviter les défis, mais a su doser ses prises de risque. Il a alterné entre des adversaires classés (comme Modestas Bukauskas) et des combats plus "accessibles", lui permettant de maintenir un ratio victoire/défaite correct (9 victoires, 8 défaites en UFC à ce jour).
2. Une équipe stable : Contrairement à beaucoup de combattants qui changent régulièrement de camp, lui est resté fidèle à l’AKA Poland, un choix qui lui a permis de construire une relation de confiance avec ses entraîneurs.
3. Une résilience mentale rare : Après sa défaite face à Jimmy Crute en 2021 (un KO au 1er round), beaucoup pensaient que l’UFC allait le libérer. Pourtant, il est revenu avec une victoire contre Sam Alvey, puis une autre contre Dustin Jacoby. "C’est ça, la marque des grands : ils savent rebondir quand tout le monde les enterre", souligne Ryszka.
Enfin, Oleksiejczuk bénéficie d’un atout souvent sous-estimé : son statut de combattant "rentable". Même sans être une tête d’affiche, il attire un public fidèle en Pologne (où le MMA est extrêmement populaire) et offre des combats spectaculaires. "L’UFC a besoin de gars comme lui. Ils ne font pas vendre des PPV à eux seuls, mais ils garantissent des cartes solides et un spectacle assurés", explique un promoteur sous le couvert de l’anonymat.
Et maintenant ? Le défi de la relève
À 34 ans, Oleksiejczuk n’est plus un jeune espoir, mais il n’est pas non plus en fin de carrière. Son prochain combat, prévu début 2024, sera crucial pour déterminer s’il peut encore viser le top 15 des poids mi-lourds. Les défis ne manquent pas : la division est en pleine mutation, avec l’émergence de jeunes loups comme Azamat Murzakanov ou Ihor Potieria, et le retour de légendes comme Alex Gustafsson.
"Michał a encore 2 ou 3 ans pour faire un dernier run. S’il arrive à enchaîner deux ou trois victoires, il peut viser un combat contre un top 10. Ce serait la cerise sur le gâteau pour un gars qui a tout donné à ce sport", estime Marcinkowski. Une chose est sûre : qu’il monte encore dans la hiérarchie ou qu’il termine sa carrière en milieu de classement, Oleksiejczuk a déjà marqué l’histoire du MMA polonais. Et dans un pays où le sport est une religion, cela compte plus que tout.
Reste une question : qui prendra sa relève ? La Pologne regorge de talents (comme Mateusz Gamrot ou Karol Rosa), mais peu ont montré la même capacité à durer. "Le MMA polonais est en pleine croissance, mais il nous faut des modèles comme Michał : des gars qui restent humbles, travaillent dur et ne lâchent jamais. C’est ça, l’héritage du Hussar", conclut Ryszka.
Le saviez-vous ? Les coulisses d’un surnom légendaire
Le surnom "Hussar" n’a pas été choisi au hasard. Il rend hommage aux cavaliers ailés polonais (husaria), une unité militaire du XVIème au XVIIIème siècle considérée comme l’une des plus redoutables d’Europe. Ces soldats, équipés de lances de 5 à 6 mètres et de boucliers en métal, chargeaient à une vitesse folle, semant la terreur dans les rangs ennemis. Leur tactique ? Une attaque éclair, suivie d’une retraite rapide — une stratégie qui rappelle étrangement le style de combat d’Oleksiejczuk : explosif en début de round, puis méthodique pour gérer son énergie.
"Quand j’ai commencé le MMA, je voulais un surnom qui représente la Pologne et son histoire. Les husars, c’était l’élite, des guerriers qui ne reculaient jamais. C’est comme ça que je me vois dans l’Octogone", avait-il confié en 2019 à MMA Fighting. Une philosophie qui résume bien l’homme : discret hors des cages, mais implacable dedans.

