"On ne refait pas deux fois la même erreur" : quand l'histoire dicte la stratégie
La réponse de Max Holloway à Charles Oliveira n'a pas traîné. Moins de 48 heures après que "do Bronx" ait lancé son défi pour le titre de BMF (Baddest Motherf*cker) lors de l'UFC Rio, le combattant hawaïen a posé ses conditions avec une fermeté qui rappelle son style de combat : implacable, technique, et sans concession. "On s’est déjà déplacés pour le ‘Roi de Rio’ [Jose Aldo en 2017], maintenant c’est à mon tour de choisir", a-t-il déclaré sur ses réseaux, accompagnant son message d’un emoji de désintéressement qui a fait le tour des forums MMA. Derrière cette réplique cinglante se cache une stratégie bien huilée, où chaque détail compte.
Le parallèle avec le combat contre Jose Aldo n’est pas anodin. En 2017, Holloway avait accepté de se rendre à Rio de Janeiro pour affronter le légendaire Brésilien dans son antre, devant 15 000 fans hostiles. Une décision risquée, mais payante : il était reparti avec la ceinture des poids plumes après un KO au 3ème round. Six ans plus tard, le scénario s’inverse. "Je ne vais pas recommencer à jouer les invités de marque", confie une source proche de son équipe. Cette fois, c’est Oliveira qui devra quitter son territoire – et Holloway compte bien en profiter.
Pourtant, le choix de Las Vegas plutôt qu’Hawaï surprend. "Zéro chance que l’UFC organise un événement là-bas", a tranché Holloway, balayant d’un revers les espoirs de ses fans locaux. Les raisons ? Purement logistiques. "Même si on commençait à construire un stade aujourd’hui, avec les permis, les retards, les problèmes de transport… on serait en 2027", explique-t-il. Une lucidité rare dans un sport où l’ego prime souvent sur la raison. Las Vegas, avec ses infrastructures rodées et son statut de capitale mondiale du MMA, s’impose donc comme l’unique option – un terrain neutre où aucun des deux combattants n’aura l’avantage du public.
Mars 2025 : un ultimatum qui fait trembler l'UFC
"Attendre juin 2026 ? Très peu pour moi." La réponse de Holloway à l’hypothèse d’un combat lors de l’UFC White House card a été aussi brève que définitive. Le combattant, qui n’a disputé qu’un seul combat en 2024 (sa victoire controversée contre Dustin Poirier en juillet), ne veut pas perdre son rythme. "On est très proches d’un retour en mars, c’est jouable à 100%", assure-t-il, alors que son équipe négocie déjà avec l’UFC pour une date au printemps.
Mais le calendrier est un casse-tête. Entre l’UFC 300 (prévu en avril 2025) et les nombreux événements déjà programmés, caser un combat de cette envergure relève du défi. "L’UFC a deux options : soit ils nous trouvent une date en mars, soit ils risquent de perdre ce combat", confie un proche de Holloway. Une pression calculée, qui rappelle la stratégie de Conor McGregor en 2016 pour forcer l’UFC à organiser l’UFC 205 à New York. Sauf que cette fois, c’est un titre symbolique – celui de BMF – qui est en jeu, et non une ceinture officielle.
Du côté d’Oliveira, on joue la carte de la flexibilité. "Je me bats n’importe où, n’importe quand", a-t-il répété après sa victoire contre Mateusz Gamrot. Une déclaration qui contraste avec l’intransigeance de Holloway, mais qui cache peut-être une autre stratégie : en acceptant toutes les conditions, Oliveira force son adversaire à porter seul le poids des exigences. "Si Holloway refuse Rio et Hawaï, et que Las Vegas en mars est impossible, qui sera blâmé ?", questionne un analyste de ESPN MMA. Un jeu d’échecs médiatique où chaque coup est calculé.
Derrière l'ultimatum : un corps en convalescence et un héritage à défendre
La hâte de Holloway s’explique aussi par son état physique. Après des années de combats intenses et de blessures à répétition (notamment une fracture du nez et des problèmes de genoux), le Hawaïen sait que le temps joue contre lui. "Max a 32 ans, mais son corps en a 40", confie un membre de son staff. Sa victoire contre Poirier, bien que controversée (plusieurs observateurs ont estimé que Poirier méritait la victoire), lui a redonné un second souffle. "Il veut enchaîner avant que les douleurs ne reviennent", explique-t-on.
Il y a aussi la question de l’héritage. Holloway, déjà considéré comme l’un des plus grands poids plumes de l’histoire, voit dans ce combat une occasion de sceller sa légende. "Le titre de BMF, c’est plus qu’une ceinture, c’est une reconnaissance de tout ce qu’il a accompli", analyse Daniel Cormier. Affronter Oliveira, un combattant aussi polyvalent que redouté, serait un moyen de prouver qu’il reste au sommet, même après des années de règne.
Mais tous ne partagent pas cet enthousiasme. Certains critiques, comme Robin Black (analyste pour Fight Network), estiment que Holloway prend un risque inutile : "Il sort à peine d’une victoire contestée, et il veut déjà affronter un tueur comme Oliveira ? Soit c’est du génie, soit c’est de l’inconscience." Un avis que ne partage pas l’intéressé, qui voit dans ce combat une "opportunité en or" pour montrer qu’il est toujours le roi.
UFC White House : le plan B qui divise
Si l’UFC ne parvient pas à organiser le combat pour mars 2025, l’alternative serait l’UFC White House card de juin 2026 – un événement historique prévu à Washington D.C., en partenariat avec la Maison Blanche pour promouvoir le sport aux États-Unis. Un cadre prestigieux, mais qui pose problème : "Attendre aussi longtemps, c’est comme signer un chèque en blanc pour les blessures", s’inquiète un manager proche du dossier.
Holloway, lui, semble déjà avoir fait son choix. "Si c’est mars, super. Sinon, on verra", a-t-il lâché, laissant planer le doute sur sa participation à l’événement de 2026. Une position qui met la pression sur Dana White, le président de l’UFC, connu pour son aversion des ultimatums. "Dana n’aime pas qu’on lui dicte les règles, mais Holloway est un vétéran respecté. Il a les cartes en main", analyse un journaliste de MMA Fighting.
Reste une question : et si Oliveira refusait finalement les conditions de Holloway ? "Il ne refusera pas", répond ce dernier, confiant. "Il veut ce combat autant que moi. La seule différence, c’est que moi, je sais comment le faire." Une certitude qui, dans le monde imprévisible du MMA, vaut bien tous les contrats.
Le poids des mots : quand les réseaux sociaux deviennent une arme
La guerre psychologique a déjà commencé. Holloway, maître ès provocations, a posté une photo de lui à Las Vegas avec la légende : "La ville qui ne dort jamais… tout comme mes poings quand ils touchent ton menton, Charles." Oliveira a répondu par une vidéo d’entraînement, où on le voit enchaîner les soumissions avec un sourire en coin. "Deux styles, deux approches, mais un seul objectif : dominer", résume Joe Rogan dans son podcast.
Les bookmakers, eux, sont divisés. Holloway, malgré son expérience, est donné légèrement outsider (cote à 2.10 contre 1.80 pour Oliveira chez Bet365). "Les parieurs sous-estiment son mental", estime un bookmaker. Car si Holloway a perdu des combats (notamment ses deux défaites contre Alexander Volkanovski), il n’a jamais perdu un guerre des nerfs. Et cette fois, il compte bien gagner sur tous les fronts : médiatique, psychologique, et surtout, dans l’Octogone.

