KSW 112 : Quand le roi des légers perd pied
Le 15 novembre 2024, la Hala Widowiskowo-Sportowa de Szczecin a vibré pour le XTB KSW 112, mais pas pour les raisons espérées par les fans de Marian Ziółkowski. Opposé à Marcin Held, un adversaire rompu aux soumissions et au jeu au sol, l’ancien champion des poids légers a offert une prestation en deux temps : deux reprises subies, une troisième sauvée in extremis. Le verdict ? Une défaite par décision unanime (29-28, 29-28, 29-28), malgré un sursaut final qui lui a permis de remporter le dernier round sur les cartes des juges.
Pourtant, les chiffres ne reflètent pas l’ampleur du calvaire. Dès les premières secondes, Held a imposé son grappling, projetant Ziółkowski au sol comme un sac de frappe. "Je me suis retrouvé sur le dos, et j’ai passé la première reprise à me retourner comme un idiot", a-t-il confié à Artur Mazur sur Klatka po klatce, la voix encore teintée d’incrédulité. La deuxième reprise n’a guère été plus glorieuse : étouffé sous le contrôle de Held, Ziółkowski a évité de justesse l’abandon, sauvé par la cloche.
Seul le troisième round a redonné un semblant d’espoir. Debout, Ziółkowski a enfin trouvé ses marques, enchaînant les coups de pied et les combinaisons. Trop peu, trop tard. "J’ai laissé filer deux reprises, et ça, c’est impardonnable", a-t-il admis, les poings serrés. Une lucidité rare chez un combattant qui, malgré tout, refuse de voir dans cette défaite un signe de fin.
"Je ne suis pas un poisson, je suis un requin" : la réponse cinglante de Ziółkowski
L’image est forte : Marian Ziółkowski, 18 victoires pour 10 défaites en carrière, comparant sa propre performance à celle d’un "sprat" (un petit poisson en polonais) agité sur le tatami. Pourtant, derrière l’autodérision se cache une rage intacte. "Oui, j’ai été nul. Oui, j’ai merdé. Mais je ne suis pas fini", a-t-il martelé en conférence de presse, sous les regards sceptiques des journalistes.
Son discours, à la fois humble et combatif, a divisé. Certains y voient l’obstination d’un guerrier qui refuse de quitter le champ de bataille ; d’autres, l’entêtement d’un homme qui ne voit pas – ou ne veut pas voir – les signes d’usure. Salahdine Parnasse, qui l’a dominé en 2022, avait déjà lancé : "Marian a tout donné au KSW, mais il faut savoir partir". Une phrase qui résonne comme un avertissement, alors que Ziółkowski enchaîne les défaites face à des adversaires de plus en plus jeunes (Held a 32 ans, Varela 29).
Pourtant, le Polonais balaye les critiques d’un revers de main. "Les gens parlent, mais ils ne savent pas ce que c’est que de monter dans cette cage. Moi, je le sais. Et je reviendrai." Une détermination qui force le respect, même si elle interroge : jusqu’où un corps peut-il suivre quand l’esprit dit "encore" ?
2022-2024 : La chute d’un roi
Il fut un temps où Marian Ziółkowski régnait sur les poids légers du KSW. Champion en 2018 après une victoire contre Mateusz Gamrot, il avait enchaîné les défenses de titre avec une élégance rare, mêlant boxe précise et jiu-jitsu offensif. Mais depuis 2022, le déclin est brutal :
- Juillet 2022 : Défaite par décision contre Wilson Varela (KSW 72). Un combat où Ziółkowski, alors favori, a semblé absent.
- Décembre 2022 : Soumission face à Salahdine Parnasse (KSW 76). Un étranglement en deuxième reprise qui a marqué un tournant.
- Novembre 2024 : Nouvelle défaite contre Held, malgré un sursaut en fin de match.
Trois combats, trois revers. Pourtant, Ziółkowski rejette l’idée d’un déclin inéluctable. "Les blessures ? Tout le monde en a. La fatigue ? Bien sûr. Mais je ne suis pas le genre à abandonner parce que c’est dur", explique-t-il, évoquant des problèmes de genou qui l’ont handicapé pendant des mois. Des excuses ? Non. Des réalités qu’il assume, tout en promettant un retour en forme.
Son entraîneur, Tomasz Drwal, tempère : "Marian a encore des choses à prouver, mais il faut être réaliste. À 36 ans, le corps ne répond plus comme avant. Il le sait." Un aveu qui contraste avec les déclarations tonitruantes du principal intéressé.
Derrière les projecteurs : le Ziółkowski que personne ne voit
Peut-être est-ce là, dans l’ombre des caméras, que se joue le vrai combat de Marian Ziółkowski. Celui d’un père de famille qui, entre deux entraînements, emmène ses enfants à l’école. Celui d’un homme qui, après chaque défaite, passe des heures à analyser ses erreurs, seul dans son garage transformé en salle de sport. "Les gens voient le combattant qui perd. Moi, je vois celui qui se relève à 5h du matin pour courir, même quand tout me fait mal", confie-t-il, la voix soudain plus douce.
Il y a aussi les doutes, bien sûr. Les nuits où il se demande s’il ne devrait pas raccrocher les gants pour ouvrir un club, comme tant d’anciens champions. Mais puis vient le matin, et avec lui, l’appel du tatami. "Quand je ne me bats pas, je meurs un peu", avoue-t-il. Une phrase qui résume tout : la peur du vide, l’addiction à l’adrénaline, et cette étrange conviction que le prochain combat sera le bon.
Ses proches, eux, observent avec inquiétude. Sa femme, Agata, ne cache pas son angoisse : "Chaque fois qu’il monte dans cette cage, je retiens mon souffle. Mais je sais que si je lui demandais d’arrêter, il me répondrait non. Alors je me tais." Un silence qui en dit long sur le sacrifice invisible derrière chaque combat.
Et maintenant ? Le KSW face à un dilemme
La question se pose : que faire de Marian Ziółkowski ? Le KSW, qui l’a vu grandir, hésite. D’un côté, il reste un aimant à public – ses combats attirent les foules, et son nom vend des billets. De l’autre, le risque est grand de le voir s’enfoncer dans une spirale de défaites, comme tant d’autres avant lui. Marek Łaskowski, directeur sportif de la fédération, reste évasif : "Marian est une légende. On verra ce que l’avenir lui réserve."
Plusieurs options s’offrent à lui :
- Un dernier combat "d’adieu" : Une sortie en beauté, contre un adversaire à sa portée, pour clore la boucle.
- Un rôle d’ambassadeur : Quitter la compétition pour devenir commentateur ou entraîneur, comme l’a fait Jan Błachowicz après sa retraite.
- Un ultime défi : Affronter un jeune loup pour prouver qu’il a encore sa place – quitte à tout perdre.
Ziółkowski, lui, n’a pas encore tranché. "Je prends les choses combat par combat. Pour l’instant, je me concentre sur la récupération. Le reste, on verra." Une réponse typique, qui laisse planer le mystère. Une chose est sûre : s’il remonte dans la cage, ce ne sera pas pour faire de la figuration. "Je veux gagner. Pas pour les autres. Pour moi."
Une chose est certaine : que ce soit pour un dernier baroud d’honneur ou une renaissance improbable, le prochain chapitre de Ziółkowski s’annonce aussi intense que les précédents. Et dans l’univers impitoyable du MMA, où les héros d’hier deviennent souvent les oubliés de demain, cela mérite qu’on y prête attention.

