"Je ne serai pas le spectateur de ma propre carrière"
Quand Marcin Held monte dans la cage du XTB KSW 112 pour affronter Marian Ziółkowski, le 17 décembre 2023, il n’a qu’une obsession : effacer les doutes. Ceux semés par sa défaite face à Salahdine Parnasse en 2021, aggravés par une blessure qui l’a privé d’une revanche directe l’année suivante. Ce soir-là, à Gliwice, il ne laisse aucune chance à son adversaire, remportant une victoire par soumission au 2ᵉ round qui scelle sa troisième victoire d’affilée. Un message fort envoyé à la direction du KSW : "Je mérite une nouvelle opportunité pour le titre. Et je ne compte pas attendre indéfiniment."
Pourtant, le chemin vers la ceinture des poids légers (70 kg) est plus encombré que jamais. Patryk Kaczmarczyk, 26 ans, vient de s’emparer de la ceinture intérimaire des poids plumes (66 kg) en dominant Daniel Rutkowski lors du KSW 98, en octobre 2023. Une performance qui propulse le jeune prodige dans la conversation pour un super-fight contre Salahdine Parnasse – lui-même double champion (poids légers et plumes). Un scénario qui, s’il se concrétisait, repousse une nouvelle fois les ambitions de Held. "Si Patryk obtient ce combat, je ne veux pas rester les bras croisés à attendre les miettes," confie-t-il à MMA Na Żywo. "Je préfère affronter un autre top 5, comme Mircea, pour montrer que je suis le prétendant numéro un."
Mircea, la cible idéale pour forcer le destin
Pourquoi Mircea ? Parce que le Roumain, classé n°3 des poids légers du KSW, incarne le défi parfait : un adversaire redoutable, mais pas invincible, capable de propulser Held vers un combat de titre sans équivoque. "Mircea est un combattant complet, avec un bon grappling et une strike puissante. Le battre serait une déclaration," analyse Held, connu pour son jiu-jitsu brésilien d’exception (ceinture noire sous Claudio Calasans).
Les statistiques jouent en sa faveur : avec 21 victoires en carrière (dont 15 par soumission) et seulement 8 défaites, Held affiche un palmarès bien plus épais que celui de Kaczmarczyk (13-3). Pourtant, c’est ce dernier qui semble avoir la préférence des organisateurs, en raison de son âge et de son style explosif. Une injustice que Held compte bien corriger. "Je respecte Patryk, mais je suis là depuis 2013. J’ai payé mes dues. Si le KSW veut un combat qui fait vibrer les fans, c’est moi qu’il leur faut face à Salahdine."
Reste à convaincre la direction. Held mise sur une fenêtre temporelle entre avril et juin 2025, idéale pour organiser ce combat. Mais le Polonais, réaliste, sait que dans le monde du MMA, les plans changent vite. "Si une offre financière intéressante arrive plus tôt, je peux accélérer ma préparation. Je suis prêt à combattre en mars si nécessaire." Une flexibilité qui tranche avec l’image du combattant rigide, et qui prouve sa détermination à tout prix.
2022 : la blessure qui a tout changé
Pour comprendre l’urgence de Held, il faut remonter à juin 2022. À l’époque, le Polonais est programmé pour affronter Salahdine Parnasse dans un combat de titre des poids légers, lors du KSW 71. Un duel attendu, qui aurait pu couronner sa remontée après sa défaite de 2021 face au même Parnasse. Mais à quelques semaines de l’événement, c’est le drame : une blessure aux ligaments du genou le contraint à déclarer forfait. "Ce fut le moment le plus dur de ma carrière," avoue-t-il. "Je me suis senti trahi par mon propre corps."
Pendant ce temps, Parnasse continue de dominer la division, tandis que Held entame une reconstruction physique et mentale. Son retour en mars 2023 (victoire face à Roman Szymanski) marque le début d’une série impressionnante : trois combats, trois victoires, dont deux par soumission. "Cette blessure m’a appris une chose : dans ce sport, on ne peut compter que sur soi-même. Les opportunités ne se présentent pas deux fois."
Aujourd’hui, Held aborde cette nouvelle phase avec un mélange de sérénité et de détermination. Il sait que le KSW, première organisation européenne de MMA, a besoin de stars comme lui pour remplir les arènes. "Les fans polonais adorent les combats de titre. Si je monte face à Parnasse, ce sera un événement historique. Et je compte bien leur donner ce qu’ils veulent."
L’équation financière : un paramètre clé
Dans l’ombre des négociations sportives, un autre facteur entre en jeu : l’argent. Held, bien que discret sur les montants, laisse entendre qu’une "offre significative" pourrait le faire sortir de sa zone de confort. "Je ne suis plus un jeune combattant prêt à accepter n’importe quoi. Je connais ma valeur," déclare-t-il. Une déclaration qui résonne particulièrement dans le contexte du KSW, où les salaires, bien que en hausse, restent loin des standards de l’UFC.
Pourtant, Held n’est pas du genre à faire du chantage. Il préfère miser sur sa crédibilité : "Si le KSW me propose un combat contre Mircea avec une belle bourse, je signe demain. Mais si c’est pour attendre six mois sans garantie, je vais explorer d’autres options." Une allusion à peine voilée à des organisations comme l’ACB ou la PFL Europe, où plusieurs combattants polonais ont migré ces dernières années.
Son manager, Tomasz Marcinkowski, confirme cette approche : "Marcin a prouvé qu’il était le meilleur. Maintenant, il veut être traité comme tel. Le KSW a une chance de garder une légende en activité… ou de la voir partir." Un argument de poids, quand on sait que Held, avec ses 1,8 million de followers sur les réseaux sociaux, est l’un des athlètes les plus populaires de Pologne.
Le scénario idéal : un chemin vers Parnasse
Alors, à quoi ressemblerait le parcours parfait pour Marcin Held ? Idéalement, une victoire contre Mircea d’ici l’été 2025, suivie d’un combat de titre contre Parnasse avant la fin de l’année. Un timing serré, mais réaliste. "Je ne demande pas la lune. Juste une chance de prouver que je suis le meilleur. Si Salahdine veut garder ses deux ceintures, qu’il me batte une deuxième fois. Mais cette fois, je serai à 100%," lance-t-il, un sourire en coin.
Les fans, eux, l’ont déjà sacré. Sur les forums et les réseaux sociaux, les appels à un Held vs Parnasse 2 se multiplient, avec des hashtags comme #GiveHeldHisShot ou #PolishPower. Même Mateusz Gamrot, ancien champion du KSW et actuel combattant de l’UFC, a soutenu son compatriote : "Marcin a tout pour être champion. Il lui manque juste l’opportunité."
Reste à savoir si le KSW entendra ces appels. Avec un calendrier 2025 déjà chargé (notamment un événement prévu à Varsovie en septembre), la balle est dans le camp des organisateurs. Une chose est sûre : Marcin Held ne compte pas rester silencieux. "Je vais continuer à gagner, à parler, et à montrer que je suis le prétendant numéro un. Jusqu’à ce qu’ils n’aient plus le choix."
Les prochains mois seront décisifs. Si Held parvient à affronter Mircea et à le dominer, le KSW n’aura plus d’excuses pour lui refuser Parnasse. Et si, contre toute attente, Kaczmarczyk obtient le combat tant convoité, Held aura au moins prouvé une chose : dans l’ombre des projecteurs, il prépare son retour en force. Comme il le dit lui-même : "Dans ce sport, on ne te donne rien. Il faut tout prendre. Et je suis prêt à tout prendre."

