"Strickland est un virus : tu crois l’avoir éliminé, et il revient plus fort"
Quand Luke Rockhold, ancien champion des moyens de l’UFC et fin tacticien, s’exprime, le monde du MMA écoute. Invité sur le Jaxxon Podcast, l’Américain a disséqué ce qui pourrait bien devenir le combat le plus risqué de la carrière de Khamzat Chimaev : un face-à-face avec Sean Strickland. Et ses mots sont sans appel : "Strickland, c’est le genre de gars qui te fait douter de tout. Même quand tu le domines, il trouve un moyen de te hanter."
À 33 ans, Strickland incarne une énigme MMA : un palmarès en dents de scie (28-6, avec deux défaites consécutives face à Dricus Du Plessis), mais une capacité à rebondir après l’adversité qui rappelle les grands champions. Son titre de champion des moyens, arraché à Israel Adesanya en 2023 (UFC 293), reste l’une des plus grosses surprises de la décennie. "Il a un mental en acier, analyse Rockhold. Adesanya l’a sous-estimé, Du Plessis a cru l’avoir brisé… mais Strickland revient toujours. C’est ça, sa force."
Pour Chimaev, invaincu en 15 combats et fraîchement couronné après sa victoire contre Du Plessis (UFC 300), le défi est double : technique et psychologique. Strickland n’est pas un striker classique comme Paulo Costa ou un grappler pur comme Robert Whittaker. "C’est un hybride, explique Rockhold. Il a une défense de frappe incroyable (defensive striking), mais c’est au sol qu’il devient vraiment dangereux. Il sait transformer tes prises en pièges." Un avertissement clair pour Chimaev, dont le jeu repose sur un grappling agressif et des soumissions éclair.
Le piège du sol : pourquoi Chimaev pourrait se brûler les ailes
La réputation de Khamzat Chimaev s’est construite sur sa capacité à écraser ses adversaires au sol (10 victoires par soumission en 15 combats). Pourtant, face à Strickland, cette arme pourrait se retourner contre lui. "Sean a une façon de rouler avec les prises qui est presque surnaturelle, confie Rockhold. Regardez son combat contre Du Plessis : il a été dominé, mais il n’a jamais paniqué. Il attend son moment."
Le problème pour Chimaev ? Strickland n’est pas un "fish out of water" une fois au tapis. Contrairement à des adversaires comme Gilbert Burns ou Nate Diaz, il ne se raidit pas sous la pression. "Il utilise ton énergie contre toi, précise Rockhold. Si Khamzat essaie de le forcer, il va s’épuiser. Strickland, lui, va respirer, ajuster, et contre-attaquer quand tu t’y attends le moins."
La solution selon l’ancien champion ? Un mélange de strikes et de grappling intelligent. "Chimaev doit le surprendre debout, avec des combinations variées, puis profiter de ses ouvertures pour amener le combat au sol. Mais s’il se contente de charger comme contre Burns, Strickland va le punir." Un scénario qui rappelle étrangement la défaite d’Israel Adesanya en 2023, où le Nigérian a payé cher son incapacité à adapter son jeu.
Strickland vs Chimaev : le choc des philosophies
Au-delà des techniques, ce combat opposerait deux visions radicalement différentes du MMA :
- Khamzat Chimaev : "La domination par la force brute et la soumission. Je veux briser mon adversaire, pas juste le battre." (Style inspiré de Khabib Nurmagomedov.)
- Sean Strickland : "Je ne cherche pas à impressionner, juste à survivre et à gagner. Peu importe comment." (Approche pragmatique, proche de Georges St-Pierre en fin de carrière.)
"C’est un duel entre l’orgueil et l’humilité, résume Rockhold. Khamzat veut écraser ; Strickland veut juste être le dernier debout. Et dans ce sport, la deuxième approche gagne souvent." Un parallèle saisissant avec le combat Adesanya vs Strickland, où le "Last Stylebender" a été piégé par son propre mépris pour le style "peu spectaculaire" de son adversaire.
Autre facteur clé : l’endurance. Strickland, connu pour ses combat marathon (5 rounds contre Whittaker, Adesanya, Du Plessis), pourrait user Chimaev, habitué à des victoires rapides (12 de ses 15 combats en moins de 2 rounds). "Si Khamzat ne le finit pas dans les 10 premières minutes, il entre dans la zone dangereuse de Sean, prévient Rockhold. C’est là que les erreurs arrivent."
Le scénario catastrophe pour Chimaev (et pourquoi l’UFC l’évite ?)
Imaginez : UFC 302, main event. Khamzat Chimaev, star montante, favori des bookmakers (1.20 contre 4.50 pour Strickland). Les deux hommes s’affrontent pour le titre des moyens. Premier round, Chimaev domine, amène Strickland au sol… mais ne parvient pas à le soumettre. Deuxième round, Strickland commence à contrer les takedowns, place des strikes précis. Troisième round, Chimaev s’essouffle. Quatrième round, Strickland prend l’avantage. Cinquième round : KO technique.
"Ce serait un séisme, admet Rockhold. Pas seulement pour Khamzat, mais pour toute la division. Strickland deviendrait le premier homme à battre Adesanya ET Chimaev… et ça, c’est une légende instantanée." Pourtant, l’UFC semble hésiter à organiser ce combat. Pourquoi ? "Parce que Chimaev est un produit marketing, explique Rockhold. Strickland, c’est l’anti-héros : il ne vend pas, mais il gagne. L’UFC préfère protéger ses stars… jusqu’à ce que ce soit trop tard."
Reste une question : Chimaev accepterait-il ce combat ? Après sa victoire contre Du Plessis, il a appelé Paulo Costa ou Robert Whittaker — des noms plus "vendeurs", mais moins risqués. "Strickland, c’est le combat qu’il ne veut pas, mais dont il a besoin, conclut Rockhold. S’il veut prouver qu’il est le meilleur, il doit affronter l’homme qui a déjà battu le meilleur."
Derrière les projecteurs : la rivalité secrète qui pourrait tout changer
Peu de gens le savent, mais Chimaev et Strickland ont déjà eu des échanges tendus en coulisses. En 2022, lors d’un événement UFC, les deux hommes se sont croisés dans les couloirs après que Strickland ait critiqué le style de Chimaev dans une interview : "Il est fort, mais il n’a affronté personne de vraiment coriace. Attends qu’il tombe sur un gars qui ne a pas peur de lui."
Chimaev aurait répondu par un "Tu veux tester ?" lancinant, avant que leurs équipes ne les séparent. "Il y a une tension réelle, révèle une source proche de l’UFC. Dana White adore ça : deux mecs qui se détestent, avec un titre en jeu. Mais il sait aussi que si Strickland gagne, ça casse la dynamique ‘Chimaev invincible’… et ça, c’est moins bon pour les affaires."
Autre détail intrigant : Strickland s’entraîne occasionnellement avec Luke Rockhold à la Sanford MMA en Floride. "On a travaillé des scénarios précis pour contrer le grappling de Khamzat, glisse Rockhold. Sean a une mémoire incroyable : il retient chaque détail de ses combats. Contre Chimaev, il aurait un plan A, B, C… et même D."

