Un titre historique pour clore une décennie de domination masculine
Depuis sa création en 2004, la Konfrontacja Sztuk Walki (KSW) a toujours été un bastion du MMA masculin en Europe. Si l'organisation a progressivement introduit des catégories féminines dans ses galas, jamais un titre n'avait été mis en jeu pour les combattantes. Le 16 mai 2026 marquera donc un tournant : pour la première fois, une ceinture de championne sera décernée dans la catégorie des poids coqs (jusqu'à 61,2 kg). Ce combat, qui opposera Wiktoria Czyżewska à Sara Luzar-Smajić, n'est pas seulement une première pour la KSW, mais aussi un symbole de l'évolution du MMA féminin en Europe de l'Est, où les combattantes gagnent en visibilité et en reconnaissance.
La KSW a longtemps été critiquée pour son manque d'investissement dans les divisions féminines, contrairement à des organisations comme l'UFC ou l'Invicta FC, qui ont mis en avant des stars comme Amanda Nunes ou Cris Cyborg. Pourtant, ces dernières années, la promotion polonaise a commencé à corriger le tir, en intégrant davantage de combats féminins dans ses cartes. Le choix de créer un titre dans la catégorie des poids coqs, plutôt que dans des divisions plus populaires comme les poids mouches ou les poids plumes, est stratégique : il permet à la KSW de se différencier tout en capitalisant sur un vivier de talents émergents en Europe.
Wiktoria "Chicatoro" Czyżewska : la machine à KO polonaise
À seulement 22 ans, Wiktoria Czyżewska est déjà une figure montante du MMA européen. Surnommée "Chicatoro" (un jeu de mots entre "chicken" et "toro", en référence à son style agressif), la Polonaise affiche un palmarès de 7 victoires en 8 combats professionnels, avec un taux de KO impressionnant de 62,5 %. Ce qui frappe chez Czyżewska, c'est sa capacité à terminer ses adversaires rapidement : cinq de ses sept victoires ont été obtenues en première ronde, dont trois par KO en moins de deux minutes. Son dernier combat, en janvier 2026 contre Tamires Vidal, lui a valu un bonus pour le "meilleur KO de la soirée", une récompense qu'elle a déjà reçue à trois reprises dans sa jeune carrière.
Avant de passer professionnelle, Czyżewska a accumulé les titres en amateur. Championne de Pologne de kickboxing et médaillée d'or aux championnats ADCC (submission grappling), elle a également remporté plusieurs tournois de MMA amateurs. Son passage chez les pros en 2023 a été marqué par une adaptation rapide, avec une victoire dès son premier combat à la KSW. Depuis, elle a enchaîné les performances, ne concédant qu'une seule défaite face à la Brésilienne Jessica Andrade, une combattante bien plus expérimentée.
Son style de combat repose sur une puissance explosive et une agressivité contrôlée. Czyżewska aime presser ses adversaires contre la cage, où elle peut utiliser ses coups de poing dévastateurs et ses genoux. Cependant, certains analystes pointent du doigt sa défense au sol, qui reste perfectible. "Elle a un potentiel énorme, mais elle devra travailler sa transition entre le striking et le grappling si elle veut devenir une championne complète", estime Marek Kowalski, entraîneur en chef à l'académie MMA de Varsovie.
Sara Luzar-Smajić : l'expérience internationale face à la jeunesse polonaise
Face à Czyżewska, Sara Luzar-Smajić apporte une tout autre dimension : celle de l'expérience internationale. La Croate, âgée de 28 ans, a combattu dans cinq pays différents (Croatie, Pologne, Italie, Allemagne et Monténégro), accumulant un palmarès de 6 victoires en 9 combats. Contrairement à sa rivale, Luzar-Smajić n'est pas une spécialiste des KO (un seul en carrière), mais elle compense par un striking technique et une capacité à gérer le rythme des combats.
Son retour à la KSW après une parenthèse sous la bannière FNC (Fight Night Championship) a été marqué par deux victoires consécutives, dont une contre la Serbe Milana Djordjevic, qui lui a valu le titre de "meilleur combat de la soirée" en décembre 2025. Luzar-Smajić est connue pour son style de combat standoff, où elle utilise des coups de pied bas et des uppercuts pour maintenir ses adversaires à distance. "Elle a une intelligence de combat rare pour une combattante de son niveau. Elle sait quand accélérer et quand ralentir, ce qui la rend très difficile à prédire", explique Ivan Horvat, commentateur pour la chaîne sportive croate Sport Klub.
Son parcours est également marqué par une résilience à toute épreuve. Après une série de trois défaites entre 2020 et 2022, Luzar-Smajić a su rebondir en changeant de camp d'entraînement et en affinant sa technique. Son passage à la FNC lui a permis de se reconstruire, et son retour à la KSW pourrait bien être le tremplin qui lui manquait pour atteindre le sommet.
Un choc de styles qui pourrait redéfinir le MMA féminin en Europe
Le combat entre Czyżewska et Luzar-Smajić est bien plus qu'un simple affrontement pour un titre : c'est un conflit de philosophies. D'un côté, la Polonaise incarne la nouvelle génération de combattantes, celles qui misent sur la puissance brute et l'intimidation pour dominer leurs adversaires. De l'autre, la Croate représente l'école traditionnelle du MMA européen, où la technique et l'expérience priment sur la force pure.
Pour Czyżewska, ce combat est l'occasion de prouver qu'elle peut tenir sur la durée. Ses détracteurs soulignent qu'elle n'a jamais affronté une combattante de l'envergure de Luzar-Smajić, qui a l'habitude des scènes internationales. "Wiktoria a un talent fou, mais elle n'a pas encore été testée contre une vraie stratège. Sara va lui poser des problèmes qu'elle n'a jamais rencontrés", prédit Tomasz Drwal, ancien combattant de la KSW et analyste pour Polsat Sport.
À l'inverse, Luzar-Smajić devra faire face à une adversaire plus jeune, plus rapide et surtout plus agressive. Si elle veut l'emporter, elle devra éviter de se laisser enfermer dans les échanges de coups, où Czyżewska excelle. "Sara doit utiliser sa mobilité et ses coups de pied pour garder Wiktoria à distance. Si elle se laisse entraîner dans un corps-à-corps, ce sera très compliqué pour elle", analyse Drwal.
Au-delà de l'aspect sportif, ce combat pourrait avoir un impact majeur sur la perception du MMA féminin en Europe. La KSW, qui a longtemps été perçue comme une organisation "masculine", envoie un signal fort en créant ce titre. Si le combat est à la hauteur des attentes, il pourrait attirer de nouvelles combattantes et de nouveaux sponsors, tout en incitant d'autres organisations à suivre l'exemple.
Les coulisses d'un combat qui fait déjà vibrer les fans
Derrière les projecteurs, les préparatifs pour ce combat historique battent leur plein. Czyżewska s'entraîne actuellement à l'académie MMA Warsaw, où elle travaille notamment son grappling avec l'ancien champion de judo polonais Paweł Nastula. "Wiktoria a fait d'énormes progrès au sol ces derniers mois. Elle sait qu'elle ne peut pas se permettre de laisser Sara prendre le dessus dans les phases de lutte", confie son entraîneur, Piotr Hallmann.
De son côté, Luzar-Smajić a choisi de s'isoler en Croatie pour préparer ce combat. Elle s'entraîne avec l'équipe Fight Club Zagreb, où elle bénéficie des conseils de l'ancien champion de kickboxing Mirko Filipović (alias "Cro Cop"). "Sara est dans une forme exceptionnelle. Elle a perdu du poids et gagné en explosivité, ce qui pourrait faire la différence face à Wiktoria", révèle un membre de son équipe sous couvert d'anonymat.
Les bookmakers, quant à eux, donnent Czyżewska légèrement favorite (1,80 contre 2,10 pour Luzar-Smajić), mais les pronostics restent serrés. "Ce combat est trop équilibré pour être prédit avec certitude. Tout dépendra de qui imposera son rythme", estime Jakub Kowalczyk, analyste pour le site de paris sportifs Betclic.
Une chose est sûre : le 16 mai 2026, les yeux du monde du MMA seront rivés sur la cage de la KSW. Que ce soit pour assister à l'émergence d'une nouvelle star ou à la consécration d'une vétérane, les fans n'auront pas envie de manquer ce rendez-vous historique.
Le combat entre Wiktoria Czyżewska et Sara Luzar-Smajić pour le premier titre féminin des poids coqs de la KSW est bien plus qu'un simple duel sportif : c'est un symbole de l'évolution du MMA féminin en Europe. Avec des styles diamétralement opposés et des parcours tout aussi différents, les deux combattantes offrent une affiche qui promet d'être à la hauteur des attentes.
Pour Czyżewska, ce combat représente une opportunité de confirmer son statut de future star du MMA européen. Pour Luzar-Smajić, c'est l'occasion de prouver qu'une combattante expérimentée peut encore rivaliser avec les jeunes talents. Quel que soit le résultat, ce combat marquera un tournant dans l'histoire de la KSW et pourrait bien inspirer une nouvelle génération de combattantes.
Rendez-vous le 16 mai 2026 pour découvrir qui deviendra la première championne des poids coqs de la KSW. Un événement à ne pas manquer, tant pour son importance sportive que pour sa portée symbolique.

