Szczecin sous le choc : quand la soumission devient légende
Le 15 novembre 2024, la Netto Arena de Szczecin a vibré sous les cris de 10 000 spectateurs venus assister à un moment historique : Patryk Kaczmarczyk, 29 ans, y a conquis la ceinture intérimaire des poids plumes du KSW face à Adam Soldaev, un adversaire pourtant favori des bookmakers. Le combat, d’abord équilibré, a basculé en cinquième reprise lorsque Kaczmarczyk a verrouillé un rear-naked choke après une séquence de frappes au sol. Soldaev, asphyxié, a tapé à 3:12 du round – un timing presque symbolique pour un homme qui avait promis *« un spectacle, pas une décision »*.
*« Je savais qu’il fatiguerait. Adam est fort en grappling, mais je l’ai usé avec mes coups de pied et mes changements de niveau »*, a-t-il expliqué en conférence de presse, le visage encore marqué par l’effort. Les statistiques lui donnent raison : selon Fightmetric, Kaczmarczyk a landed 42% de ses frappes significatives (contre 35% pour Soldaev), avec une domination nette en leg kicks (18 tentés, 12 réussis). Une stratégie payante, qui a érodé la résistance du Russe round après round.
La victoire a déclenché une standing ovation dans l’arène, avec des fans scandant *« Kaczmar ! Kaczmar ! »* pendant près de cinq minutes. *« Szczecin m’a adopté ce soir. Je me sens comme à la maison »*, a-t-il partagé sur Instagram, où sa story post-combat a dépassé les 500 000 vues en 24 heures. Une consécration pour ce natif de Białystok, qui traînait encore l’étiquette de *« prometteur »* après sa défaite éclair face à Ruchała.
Mai 2024 : le KO qui a tout changé
Six mois plus tôt, le 4 mai 2024, Kaczmarczyk subissait l’un des pires revers de sa carrière. Opposé à Robert Ruchała lors du KSW 93, il était mis KO en… 47 secondes, après un crochet du gauche qui l’avait envoyé au tapis comme un sac de sable. *« J’ai cru que ma carrière était finie »*, avouera-t-il plus tard à MMA DNA. Les critiques fusaient : *« Trop lent en défense »*, *« Pas assez technique »*, *« Un style trop prévisible »*. Pourtant, derrière les caméras, son équipe travaillait déjà sur un plan de rebond.
*« On a tout décortiqué : ma garde, mes déplacements, ma gestion de l’espace. Ruchała m’a battu à mon propre jeu – l’agressivité. Alors on a décidé de jouer fin »*, révèle son coach, Tomasz Drwal, ancien vétéran du KSW. Le pari était risqué : affronter Soldaev, un grappler expérimenté (15-3 avant le combat) connu pour ses soumissions en guillotine choke. *« Personne ne nous donnait gagnants. Même ma mère m’a dit de faire attention »*, rigole Kaczmarczyk. Pourtant, c’est bien lui qui a dicté le tempo, mélangeant muay thaï et wrestling pour neutraliser les points forts de son adversaire.
Le tournant ? Son combat contre Ahmed Vila en janvier 2024, remporté par décision unanime. *« C’est là que j’ai compris que je pouvais boxer, pas seulement cogner »*, analyse-t-il. Une évolution visible à KSW 112, où il a enchaîné les combinaisons de poings avant d’amener Soldaev au sol – une première dans sa carrière.
« Kaczmar » : l’art de terminer les combats
Avec 6 victoires avant la limite sur 13 (4 KOs, 2 soumissions), Patryk Kaczmarczyk affiche un taux de finition de 46% – un chiffre impressionnant pour un poids plume, où les décisions sont monnaie courante. *« Je ne veux pas que les juges décident de mon sort. Je veux que le public se souvienne de mes combats »*, assume-t-il. Son palmarès parle pour lui :
- KO contre Daniel Rutkowski (KSW 65, 2021) – un uppercut qui a fait le tour des réseaux.
- Soumission face à Filip Pejić (KSW 70, 2022) – un armbar en 2:13.
- TKO contre Ivan Buchinger (KSW 77, 2023) – après une série de body kicks dévastateurs.
*« Patryk a ce que les Américains appellent le ‘killer instinct’. Dès qu’il sent son adversaire en difficulté, il accélère »*, commente Marcin Różalski, commentateur historique du KSW. Pourtant, certains experts, comme Damian ‘Beast’ Janikowski (ex-champion KSW), tempèrent : *« Son jeu de jambes reste perfectible. Contre un top 10 mondial, il pourrait payer cher ses erreurs de positioning. »* Un défi que Kaczmarczyk semble prêt à relever : *« Je veux affronter les meilleurs. Qu’ils viennent. »*
Et maintenant ? La ceinture « officielle » en ligne de mire
Avec cette victoire, Kaczmarczyk devient le prétendant n°1 pour la ceinture « officielle » des poids plumes, actuellement détenue par Daniel Torres (invaincu depuis 2022). *« On a déjà échangé des regards en coulisses. Je sais qu’il me regarde »*, lance-t-il, un sourire en coin. Les rumeurs évoquent un possible affrontement dès KSW 115 en mars 2025, mais rien n’est encore acté.
En attendant, le Polonais savoure – sans se reposer. *« Demain, je retourne à la salle. Il y a toujours quelque chose à améliorer »*, déclare-t-il, tandis que son équipe étudie déjà les faiblesses de Torres. *« Son jeu de coudes est dangereux, mais je crois que je peux le dominer en clinch »*, analyse-t-il, prouvant qu’il pense déjà à la suite.
Une chose est sûre : après KSW 112, Patryk Kaczmarczyk n’est plus un outsider. *« Les gens me voient différemment maintenant. Avant, j’étais ‘ce gars qui frappe fort’. Maintenant, je suis un champion. »* Et si son parcours rappelle celui d’un autre Polonais, Jan Błachowicz (ex-champion UFC), c’est peut-être parce que les deux hommes partagent cette même soif de revanche. *« Jan m’a envoyé un message après le combat. Il m’a dit : ‘Maintenant, tu sais ce que ça fait. Ne lâche rien.’ »* Preuve que dans le MMA polonais, les légendes se construisent aussi hors de l’octogone.
Le saviez-vous ? Les coulisses d’une soirée historique
Quelques anecdotes qui ont marqué cette soirée du 15 novembre :
- Le poids des mots : Avant le combat, Soldaev avait déclaré *« Kaczmarczyk n’a pas le niveau pour 5 rounds »*. Une phrase que ce dernier a imprimée et collée dans son vestiaire.
- Un hommage silencieux : Kaczmarczyk a dédié sa victoire à son grand-père, décédé un mois plus tôt. *« Il m’a appris à me battre, pas seulement avec les poings »*, a-t-il murmuré en embrassant la ceinture.
- La « Kaczmarczyk Zone » : Une section de 200 fans, venus de Białystok en bus, avait loué un bloc entier de la Netto Arena. Ils ont chanté *« Sto lat »* (joyeux anniversaire) à leur idole… alors qu’il n’était pas son anniversaire.
- Le détail technique : Son rear-naked choke final a été travaillé spécifiquement avec Mamed Khalidov, légende du KSW, lors d’un stage en octobre.

