Le 5 juin 2024, Jorge Masvidal est entré sur un ring bien différent de celui du Hulu Theater où il avait affronté Nate Diaz six mois plus tôt. Cette fois, pas de gants de 10 oz ni de rounds de trois minutes, mais une salle d’audience du comté de Miami-Dade. Et contrairement à son combat contre Diaz – perdu aux points –, le vétéran de l’UFC y a remporté une victoire par KO technique : un jugement par défaut validant une arbitrage lui accordant 5,315 millions de dollars, intérêts inclus. Une somme qui contraste cruellement avec les 1,15 million effectivement touchés pour un contrat initial de 6 millions. Comment en est-on arrivé là ?
Le contrat piégé : quand 6 millions deviennent 1,15
Tout commence en octobre 2023, lorsque Masvidal signe pour affronter Diaz dans un combat de boxe organisé par Fanmio, une plateforme de streaming sportive alors en pleine expansion. Les termes sont clairs : 6 millions de dollars garantis, portés à 7 en cas de victoire. Pourtant, après le combat – et malgré une défaite – Masvidal ne reçoit qu’un acompte de 1 million, complété par 150 000 dollars plus tard. Soit 17,5 % de la somme promise.
Le combattant, surnommé "Gamebred" pour son mental d’acier, tente d’abord des négociations à l’amiable. En vain. "Ils m’ont traité comme un amateur. On parle de millions, pas de petits cachets", confiera-t-il plus tard à ESPN. Fanmio, de son côté, invoque des "difficultés de trésorerie imprévues" – un argument balayé par l’arbitre, qui qualifie ces manquements de "violation flagrante et délibérée" du contrat.
Le 20 mai 2024, l’arbitrage tombe : Fanmio doit verser 4,85 millions en dommages compensatoires, plus les frais juridiques et les intérêts post-jugement. La juge Beatrice Butchko Sanchez entérine cette décision le 5 juin, scellant une condamnation sans appel. "C’est rare de voir une entreprise se tirer une balle dans le pied comme ça", commente un avocat spécialisé dans le sport, sous couvert d’anonymat.
Petit détail ironique : le combat Masvidal vs. Diaz avait généré plus de 100 000 pay-per-views à 50 dollars l’unité… De quoi payer les deux combattants deux fois.
Diaz dans la bataille : 10 millions promis, 6 accordés… et un PDG dans le collimateur
Masvidal n’est pas le seul lésé. Nate Diaz, son adversaire ce soir-là, a lui aussi traîné Fanmio en justice. Son contrat prévoyait 10 millions de dollars (1 million d’acompte + 9 millions après le combat). Résultat ? Un arbitrage lui accordant 6 millions en compensation, assortis d’une pénalité de 500 000 dollars infligée personnellement au PDG de Fanmio, Solomon Engel.
"Engel a agi avec une négligence grossière, voire une malhonnêteté caractérisée", peut-on lire dans le jugement. Diaz attend désormais la validation d’un juge fédéral pour faire exécuter cette décision. "Ils ont cru qu’on était des pigeons parce qu’on vient du MMA. Grosse erreur", aurait-il lancé à ses proches, selon MMA Fighting.
La stratégie de Fanmio ? "Payer le minimum, traîner en justice, et espérer que les combattants abandonnent", analyse un manager sous contrat avec l’UFC. Une tactique qui a visiblement échoué… avec des conséquences désastreuses.
"Fanmio est mort" : quand les promoteurs jouent avec le feu
Pour les observateurs, cette double condamnation sonne comme un glas pour Fanmio. La société, qui misait sur des combats "hybrides" (MMA vs. boxe), voit sa crédibilité s’effondrer. "Personne ne voudra plus travailler avec eux. Les agents évitent déjà leurs appels", révèle une source proche de Bellator.
Les chiffres donnent raison à ce pessimisme :
- Perte de partenariats majeurs (dont un accord avec DAZN rompu en mars 2024)
- Baisse de 70 % des ventes de PPV sur leur dernier événement
- Démission de 3 cadres dirigeants en 2 mois
Pire : le Department of Business and Professional Regulation de Floride a ouvert une enquête pour "pratiques commerciales trompeuses". "Fanmio a brûlé ses ponts en 6 mois. Même les petits promoteurs locaux ne font pas ça", s’indigne un ancien collaborateur.
L’effet Masvidal : vers une révolution des contrats en combat?
Ce jugement pourrait faire jurisprudence. "Les combattants vont exiger des garanties bancaires avant de signer", prédit un avocat de Sports Law Associates. Certains managers réclament déjà :
- Des comptes séquestres pour les bourses (comme en boxe professionnelle)
- Des pénalités automatiques en cas de retard de paiement
- Une transparence totale sur les revenus PPV
Masvidal, lui, reste philosophe : "J’ai perdu contre Diaz, mais j’ai gagné là où ça compte. Les gars comme Engel apprennent à la dure : on ne joue pas avec les lions." Une métaphore qui résume bien la leçon de cette affaire : dans le monde impitoyable des sports de combat, le vrai danger n’est pas toujours dans la cage.
Derrière les coups : l’histoire secrète d’un combat maudit
Ce que peu de gens savent, c’est que ce combat était maudit dès le départ. Dès les négociations, des tensions éclataient :
- Diaz exigeait un ring de boxe strict (pas de clinch), ce que Masvidal a accepté… avant de le regretter.
- Fanmio avait promis un sponsor titre à 2 millions qui s’est désisté 3 semaines avant l’événement.
- Les deux combattants ont découvert le jour J que leur vestiaire était… le même (une erreur logistique qui a failli provoquer une bagarre avant le combat).
"C’était le bordel absolu. Même les combats de rue sont mieux organisés", confiera un membre de l’équipe de Masvidal. Ironie du sort : c’est ce chaos qui a poussé les deux rivaux à s’unir contre Fanmio. "On s’est serré la main après le jugement. La vie est bizarre", aurait glissé Diaz à Masvidal dans les coulisses du tribunal.
Et si vous croyez que cette histoire est finie… détrompez-vous. Diaz a laissé entendre qu’il pourrait poursuivre Engel personnellement pour "fraude aggravée". La suite au prochain round.

