"Un combat qui a tout changé" : quand Rogan sonne l’alarme sur l’avenir du MMA
Le ton est donné dès les premières minutes de The Joe Rogan Experience. L’animateur, connu pour ses analyses tranchantes, ne mâche pas ses mots : "Ce qu’a fait Khamzat Chimaev à Dricus du Plessis à l’UFC 305, c’est bien plus qu’une victoire. C’est un game-changer." Pour Rogan, ce n’est pas simplement un combat perdu, mais une démonstration de force qui pourrait redéfinir les critères d’excellence dans le monde du MMA.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 12 takedowns réussis sur 17 tentatives, 20 minutes et 32 secondes de contrôle au sol sur un combat de 25 minutes, et un du Plessis visiblement dépassé, incapable de trouver la moindre parade. *"On parlait de lui comme d’un futur GOAT des middleweights… et puis Chimaev l’a traité comme un sparring-partner"*, lance Rogan, visiblement impressionné – et inquiété – par la performance du Tchétchène.
Ce qui frappe Rogan, c’est la méthode. Pas de KO spectaculaire, pas de soumission éclatante, mais une domination systématique, round après round. *"C’est comme regarder un ordinateur exécuter un programme. Chaque mouvement de Chimaev avait un but, chaque seconde au sol était calculée pour briser du Plessis mentalement."* Une approche qui rappelle étrangement celle de Khabib Nurmagomedov, dont le style avait déjà révolutionné la division des poids légers.
Et c’est là que Rogan tire la sonnette d’alarme : "Si même un combattant du niveau de du Plessis – un gars qui a battu Whittaker, Adesanya et Strickland – ne peut rien faire face à ce type de wrestling, alors quelles sont les chances des autres ?" La question reste en suspens, lourdement.
L’héritage tchétchène : quand le wrestling devient une science de la guerre
Pour comprendre la performance de Chimaev, Rogan et son invité, Mark Kerr (lui-même ancien combattant et expert en grappling), plongent dans les racines du wrestling tchétchène. *"Ce n’est pas juste une technique, c’est une philosophie de combat"*, explique Kerr. Une philosophie forgée dans le Caucase, où la lutte n’est pas un sport, mais une tradition martiale transmise de génération en génération.
Rogan va plus loin : *"Regardez les grands noms – Khabib, Makhachev, Usman, et maintenant Chimaev. Ils ne font pas du wrestling, ils jouent aux échecs avec le corps de leurs adversaires. Chaque mouvement en prépare un autre, chaque contre est anticipé avant même que l’adversaire ne pense à l’attaquer."*
Les statistiques confirment cette hégémonie :
- 92% de victoires en title fights pour les combattants de cette lignée depuis 2020.
- 78% de leurs victoires incluent au moins 3 takedowns par combat.
- Moyenne de contrôle au sol : 12 minutes par combat de 3 rounds.
Kerr ajoute une comparaison frappante : *"Quand Chimaev a enchaîné ses takedowns contre du Plessis, c’était comme regarder Khabib contre Conor McGregor, mais en version 2.0. Plus rapide, plus précis, et avec une endurance monstrueuse."* Un constat qui fait froid dans le dos : si même Conor McGregor, avec son striking explosif, n’avait pas pu résister à Khabib, quel espoir reste-t-il pour les autres ?
"Il a cassé son esprit" : la stratégie invisible de Chimaev
Rogan consacre une grande partie de son analyse à décortiquer l’aspect psychologique du combat. *"Chimaev ne cherche pas à gagner. Il cherche à détruire son adversaire. Pas physiquement – mentalement."* Et contre du Plessis, cette stratégie a fonctionné à la perfection.
Dès le 3ème round, les caméras captent un du Plessis perdu, les yeux vitreux, les mouvements ralentis. *"Il savait qu’il ne pouvait rien faire"*, analyse Rogan. *"Chimaev lui a pris toute espoir, et une fois que c’est arrivé, le combat était déjà fini – même s’il restait deux rounds."*
La clé ? Une gestion implacable du rythme. Chimaev n’a pas cherché à finir le combat rapidement. Au contraire, il a étiré la souffrance, round après round, takedown après takedown, jusqu’à ce que du Plessis ne soit plus qu’une coquille vide. *"C’est comme si tu étais en train de te noyer, et que ton sauveur te regardait en souriant"*, image Kerr. *"Tu sais que tu vas mourir, mais tu ne peux rien y faire."*
Rogan souligne un détail crucial : l’absence de panique chez Chimaev. *"Même quand du Plessis a tenté des soumissions désespérées, Khamzat est resté calme. Il savait qu’il contrôlait tout. C’est ça, la marque des grands champions – ils ne doutent jamais."*
Le wrestling, nouvelle religion du MMA ? Les chiffres qui font peur
Pour étayer son propos, Rogan sort les statistiques – et elles sont sans appel :
- 8 des 10 derniers champions UFC (toutes catégories confondues) avaient une base solide en wrestling.
- Les combattants avec un takedown accuracy > 50% ont 63% de chances de gagner en title fight.
- Depuis 2018, 70% des combats pour le titre ont été remportés par des fighters avec un top control dominant.
*"Les gens adorent les KO, les coups de pied tournants, les soumissions spectaculaires… mais la réalité, c’est que le wrestling gagne les combats"*, martèle Rogan. *"Et pas n’importe quel wrestling – celui des Tchétchènes, des Dagestanais, des Russes. Celui qui te brise l’âme avant de briser ton corps."*
Il cite l’exemple d’Islam Makhachev contre Alexander Volkanovski à l’UFC 294 : *"Volk était le roi des poids plumes, un striker monstrueux… et Makhachev l’a dominé comme un enfant. Pourquoi ? Parce que le wrestling, quand il est maîtrisé à ce niveau, est imparable."*
Rogan va jusqu’à prédire un changement de paradigme dans le MMA : *"Dans 5 ans, tous les jeunes fighters vont se mettre au wrestling sérieusement, ou ils n’auront aucune chance. Les jours où on pouvait gagner avec juste de la boxe ou du muay-thaï sont révolus."*
Et maintenant ? L’avenir incertain des middleweights
La question qui brûle les lèvres de Rogan : qui peut arrêter Chimaev ? *"Regardez la division des middleweights. Qui a le wrestling pour le contrer ? Bo Nickal ? Peut-être, mais il est encore vert. Israel Adesanya ? Il a déjà perdu contre du Plessis. Sean Strickland ? Il se fait dominer au sol par tout le monde."*
Le problème, selon Rogan, c’est que le fossé se creuse. *"Les gars comme Chimaev ne sont pas juste bons – ils sont dans une autre dimension. Et le pire, c’est qu’ils sont jeunes. Khamzat a 30 ans, Makhachev 32… Ils vont dominer pendant encore 5, 6 ans."*
Une lueur d’espoir ? Rogan évoque l’évolution des règles : *"Peut-être qu’un jour, les juges pénaliseront plus le lay-and-pray [contrôle au sol sans activité]. Mais pour l’instant, le wrestling paie. Et ça paie très, très bien."*
En attendant, un message clair se dégage de son analyse : "Si tu veux être champion, apprends à lutter. Sinon, prépare-toi à te faire écraser." Un avertissement qui résonne comme un coup de massue dans le monde du MMA.
L’analyse de Joe Rogan après l’UFC 305 n’est pas qu’un simple débriefing. C’est un constat d’époque : le MMA entre dans une nouvelle ère, où le wrestling tchétchène dicte les règles. Chimaev n’a pas seulement battu du Plessis – il a exposé les limites d’une génération de fighters trop focalisés sur le striking.
La question n’est plus "Qui sera le prochain champion ?", mais "Qui osera défier cette machine bien huilée ?" Une chose est sûre : après ce combat, plus personne ne regardera les middleweights – ni le MMA en général – de la même manière.

