De Fortaleza à l’UFC : l’ascension d’un "guerrier rouge"
Godofredo "Pepey" Castro n’était pas un combattant comme les autres. Originaire de Fortaleza, au Brésil, il s’est imposé comme une figure incontournable du MMA local avant de percer à l’international. Son surnom, "Pepey", et ses cheveux teints en rouge avant chaque combat sont devenus sa marque de fabrique, symbolisant une personnalité aussi flamboyante que combative. C’est en 2012, lors de la première saison de The Ultimate Fighter Brazil, que le grand public découvre ce combattant au style explosif, mélange de jiu-jitsu brésilien et de strikes puissants. Bien qu’il termine finaliste, sa détermination lui ouvre les portes de l’Ultimate Fighting Championship (UFC).
Entre 2012 et 2018, Castro enchaîne les combats dans la prestigieuse organisation, compilant un bilan de 14 victoires pour 7 défaites. Parmi ses performances les plus marquantes, on retient sa victoire par soumission face à Nazareno Malegarie en 2013, ou encore son combat acharné contre Darren Elkins en 2015, où il démontre une résistance à toute épreuve. Pourtant, sa carrière prend un tournant brutal en 2018, lorsque Mirsad Bektic le domine par KO en moins de deux minutes. Ce revers, combiné à une série de défaites, sonne le glas de son aventure dans l’UFC. "C’était un combattant qui donnait tout, mais parfois, le mental suit difficilement après des défaites à répétition"*, analyse un journaliste brésilien spécialisé dans le MMA.
Après son éviction de l’UFC, Castro tente de se reconstruire. Il se tourne vers l’enseignement du jiu-jitsu et, contre toute attente, se lance en politique. En 2024, il se présente aux élections municipales de Fortaleza, sa ville natale, sous l’étiquette d’un parti local. Une reconversion audacieuse, mais qui tourne court : il n’est pas élu. "Il voulait aider les jeunes de son quartier, leur offrir une alternative à la violence. Ironie du sort…"*, confie un proche.
30 juin 2024 : l’arrestation qui révèle l’enfer familial
Tout bascule dans la nuit du 30 juin 2024, à Fort Lauderdale, en Floride. Les voisins de Godofredo Castro et de sa femme, Samara Mello, alertent la police après avoir entendu des cris et des bruits de lutte. À leur arrivée, les officiers découvrent Samara couverte de blessures : ecchymoses, marques de strangulation, et signes évidents de violences physiques. Castro est immédiatement arrêté et inculpé pour :
- Agression domestique avec blessures graves (domestic assault with bodily harm),
- Séquestration (kidnapping, pour avoir empêché Samara de quitter le domicile),
- Entrave à la communication (il aurait confisqué son téléphone pour l’empêcher d’appeler les secours).
Les détails du rapport de police sont glaçants. Samara Mello déclare aux enquêteurs que son mari, sous l’emprise de la colère, l’aurait frappée à plusieurs reprises, étranglée, et menacée de mort si elle tentait de fuir. "Il n’était plus lui. Ses yeux… c’était comme s’il n’était plus là"*, témoignera-t-elle plus tard. Les voisins, sous le choc, décrivent un couple qui semblait pourtant "normal", sans signe avant-coureur de tension. Pourtant, des rumeurs circulaient déjà dans l’entourage de Castro : des accès de colère incontrôlables, une consommation d’alcool problématique, et des disputes de plus en plus fréquentes avec Samara.
Cette arrestation révèle un côté sombre que peu connaissaient. Dans le milieu du MMA, où les combattants sont souvent perçus comme des "super-héros", la nouvelle fait l’effet d’une bombe. Andre Amado, son ancien entraîneur à Fortaleza, refuse d’abord d’y croire : "Godofredo était un homme joyeux, toujours prêt à aider les autres. Je n’ai jamais vu chez lui la moindre trace de violence. C’est comme si on me parlait d’un inconnu."*
"Un homme brisé" : les témoignages qui dépeignent une descente aux enfers
Les jours suivant son arrestation, les réactions se multiplient. Bruno Silva, un de ses anciens partenaires d’entraînement, partage son incompréhension : "On s’entraînait ensemble il y a encore deux ans. Il parlait de sa famille, de ses enfants, de ses projets. Il avait l’air heureux. Comment en arrive-t-on là ?"* Pour lui, comme pour beaucoup, le suicide de Castro en prison, quelques semaines après son incarcération, est un électrochoc.
Les médias brésiliens révèlent alors des éléments troublants :
- Castro aurait souffert de dépression sévère après la fin de sa carrière dans l’UFC, aggravée par son échec aux élections municipales.
- Des proches évoquent des problèmes financiers, liés à des investissements mal placés dans des salles de sport au Brésil.
- Samara Mello aurait tenté à plusieurs reprises de quitter le domicile conjugal, avant de revenir par peur des représailles.
Un ancien membre de son équipe, souhaitant rester anonyme, confie : "Après l’UFC, il avait perdu son identité. Le combat, c’était toute sa vie. Sans ça, il se sentait vide. Et quand il a essayé de se raccrocher à la politique, ça n’a pas marché… Je pense qu’il a juste craqué."* La question des commotions cérébrales est également soulevée : comme beaucoup de combattants, Castro aurait subi de nombreux KO au cours de sa carrière, avec des séquelles possibles sur son comportement.
Pour Dr. Maria Alves, psychologue spécialisée dans les traumatismes des athlètes, ce cas illustre un phénomène trop souvent ignoré : "Les combattants de MMA vivent une pression extrême. Quand la carrière s’arrête, certains sombrent. Sans structure, sans suivi psychologique, ils sont livrés à eux-mêmes. Et quand la violence fait partie de leur quotidien professionnel, la frontière entre l’octogone et la vie privée peut devenir floue."*
Fortaleza en deuil : un héritage terni par la tragédie
À Fortaleza, la nouvelle de sa mort a provoqué une vague d’émotion. Des centaines de personnes se sont rassemblées devant la salle de jiu-jitsu où Castro s’entraînait, déposant des fleurs et des messages. "Pepey était un héros pour nous"*, peut-on lire sur une banderole. Pourtant, les langues se délient aussi sur les violences conjugales : certaines associations féminines brésiliennes dénoncent un "système qui protège les hommes violents", rappelant que Castro avait déjà été signalé pour des comportements agressifs par le passé.
Son ancien entraîneur, Andre Amado, tente de dresser un portrait plus nuancé : "Oui, il a fait des erreurs graves. Non, on ne peut pas les excuser. Mais je refuse de réduire sa vie à cette tragédie. Il a aidé des dizaines de jeunes à travers le sport. Il a donné de l’espoir à des gamins des favelas. Ça aussi, c’est Godofredo."*
Aujourd’hui, le MMA brésilien est en deuil, mais aussi en questionnement. Comment mieux accompagner les athlètes après leur carrière ? Comment détecter les signes de détresse psychologique ? Et surtout, comment briser le silence autour des violences domestiques, même lorsque les coupables sont des idoles ?
Une chose est sûre : l’histoire de Godofredo "Pepey" Castro restera à jamais marquée par ce contraste saisissant – celui d’un homme capable des plus grands sacrifices dans l’octogone, mais incapable de sauver sa propre famille de la spirale de la violence.
À Fortaleza, ses anciens élèves continuent de s’entraîner dans la salle qu’il a fondée. Certains portent encore des gants rouges en son honneur. Mais dans le silence des vestiaires, une question persiste : aurait-on pu éviter cette tragédie ?

