Londres s’embrase pour un duel générationnel
Quand les lumières du Tottenham Hotspur Stadium se sont éteintes ce samedi soir, c’est toute l’Angleterre qui a retenu son souffle. Chris Eubank Jr., fils de la légende Chris Eubank Sr., et Conor Benn, héritier d’un autre monument de la boxe britannique, Nigel Benn, s’affrontaient pour la deuxième fois en moins d’un an. Leur premier duel, en avril 2023, avait tourné à l’avantage d’Eubank Jr. (décision unanime après 12 rounds), laissant Benn avec une amère première défaite en carrière et une soif de revanche palpable.
Cette fois, les parieurs et les experts étaient divisés. Benn, connu pour son style explosif et son mental d’acier, avait promis un combat plus agressif, tandis qu’Eubank Jr., technicien redoutable, misait sur sa précision chirurgicale et son expérience des grands soirs. "Je vais le briser psychologiquement", avait lancé Benn en conférence de presse, avant d’ajouter : "Il n’a pas connu la vraie guerre. Cette fois, il va la vivre."
L’enjeu dépassait le simple titre. Pour Benn, il s’agissait de sauver sa crédibilité après une défaite qui avait ébranlé son aura d’invincibilité. Pour Eubank Jr., c’était l’occasion de consolider son statut de prétendant aux ceintures mondiales, dans une division des moyens (160 lbs) ultra-compétitive. Sans oublier l’aspect financier : un combat diffusé en pay-per-view sur DAZN, avec des recettes estimées à plusieurs millions de livres, et une affluence record au stade de Tottenham.
Un sous-card qui a tenu toutes ses promesses
Avant le choc principal, le public a été gâté avec une série de combats qui ont mis en valeur la nouvelle génération de la boxe britannique. Parmi les affrontements les plus attendus :
Jack Catterall vs. Ekow Essuman (12 rounds, titre en jeu) : Un duel technique où Catterall, boxeur intelligent et mobile, a dominé Essuman grâce à des combinations rapides et une défense quasi imparable. Les juges ont tranché en sa faveur (116-112, 115-113, 117-111), lui offrant une possible porte vers un combat de championnat du monde.
Richard Riakporhe vs. Tommy Welch : Dans la catégorie des lourds-légers, Riakporhe a confirmé son statut de puncheur redoutable en envoyant Welch au tapis dès le 3ème round. Une victoire par KO qui renforce sa position dans le top 10 mondial.
Adam Azim vs. Kurt Scoby : À seulement 21 ans, Azim, souvent comparé à un jeune Amir Khan, a démontré pourquoi il est considéré comme le futur de la boxe britannique. Sa victoire par décision unanime (60-54 sur les trois cartes) a été saluée par une standing ovation, preuve que le public a reconnu son talent précoce.
Ces combats ont non seulement échauffé la salle, mais ils ont aussi rappelé que la scène britannique regorge de talents prêts à exploser sur la scène internationale. "C’est une nouvelle ère pour la boxe UK", a commenté Eddie Hearn, promoteur de l’événement, en coulisses.
"Derrière les gants" : La tension monte avant le gag
Ce que le public ne voit pas toujours, ce sont les heures qui précèdent le combat, où la tension est à son comble. Dans les vestiaires du Tottenham Hotspur Stadium, l’ambiance était électrique. Benn, connu pour son rituel de préparation intense (méditation, musique heavy metal à fond), a refusé toute interview dans les 30 minutes précédant son entrée sur le ring. "Il était comme un lion en cage", a confié son entraîneur, Tony Sims.
De son côté, Eubank Jr. semblait détendu, presque trop. Assis sur un tabouret, il écoutait du jazz tout en s’étirant, un sourire énigmatique aux lèvres. "Il a cette capacité à rester calme sous pression, c’est ce qui le rend si dangereux", a expliqué son père, Chris Eubank Sr., présent dans les coulisses. Pourtant, une source proche de son équipe a révélé qu’il avait passé la nuit précédente à étudier les moindres faiblesses de Benn, notamment sa tendance à baisser la garde après une série de coups.
Un détail a marqué les esprits : lors de la pesée officielle, la veille, Benn et Eubank Jr. se sont fixés longuement sans un mot, avant que Benn ne murmure quelque chose à l’oreille de son adversaire. Eubank Jr. a simplement souri avant de tourner les talons. "Je lui ai dit qu’il allait regretter d’être monté sur ce ring", a révélé Benn plus tard. Un échange qui a alimenté les spéculations sur l’intensité psychologique de leur rivalité.
Le combat : Round par round, une bataille d’usure
Dès le premier round, Benn a tenu parole : il est sorti comme un ouragan, multipliant les crochets du gauche et forçant Eubank Jr. à reculer. Le public, majoritairement acquis à sa cause, a explosé à chaque coup porté. Pourtant, Eubank Jr. a rapidement trouvé ses marques, utilisant sa garde haute et des contre-attaques ciblées pour marquer des points.
Les rounds 4 à 6 ont été les plus intenses. Benn a réussi à envoyer Eubank Jr. dans les cordes à plusieurs reprises, mais ce dernier a riposté avec des uppercuts dévastateurs, notamment un en fin de 5ème round qui a fait vaciller Benn. "J’ai senti qu’il était en difficulté, mais il a un menton en granit", a admis Eubank Jr. après le combat.
À partir du 7ème round, la fatigue a commencé à se faire sentir chez Benn. Eubank Jr., toujours aussi précis, a dominé les échanges, accumulant les points grâce à des jabs répétitifs et des combinaisons au corps. Benn a tenté un dernier sursaut au 10ème round, mais Eubank Jr. a tenu bon, contrôlant le centre du ring jusqu’au gong final.
Les juges ont rendu leur verdict : décision unanime en faveur d’Eubank Jr. (115-113, 116-112, 117-111). Une victoire qui confirme sa supériorité technique, mais qui laisse Benn avec des regrets… et une question : a-t-il encore un avenir au plus haut niveau ?
Réactions et suites : Que retenir de cette soirée ?
Dans l’euphorie de la victoire, Eubank Jr. a salué Benn pour son courage : "C’est un guerrier, il a tout donné. Mais ce soir, j’étais simplement meilleur." Il a ensuite lancé un défi aux champions des moyens, mentionnant notamment Jermall Charlo et Demetrius Andrade. "Je veux les ceintures, et je les aurai."
Benn, lui, était visiblement affecté. "Je ne fais pas d’excuses, j’ai perdu contre un meilleur homme ce soir. Mais ce n’est pas fini pour moi", a-t-il déclaré, avant d’ajouter : "Je vais revenir plus fort." Certains observateurs, comme l’ancien champion Carl Froch, ont cependant émis des doutes : "Conor a du cœur, mais contre l’élite, il lui manque peut-être ce petit quelque chose."
Du côté des autres combats, Adam Azim a volé la vedette avec sa performance. "Ce gars a tout pour devenir une star mondiale", a prédit Barry McGuigan, légende irlandaise de la boxe. Quant à Richard Riakporhe, son KO a confirmé qu’il était prêt pour des défis plus ambitieux, peut-être contre Dmitry Bivol ou Artur Beterbiev.
Enfin, cette soirée a rappelé que la boxe britannique était en pleine renaissance. Avec des talents comme Azim, Riakporhe, et des vétérans comme Eubank Jr. toujours au sommet, l’avenir s’annonce radieux. Et si Benn parvient à se reconstruire, une troisième confrontation avec Eubank Jr. n’est pas à exclure… pour le plus grand plaisir des fans.

