Le BMF, un titre qui divise plus que jamais
Le titre BMF (Baddest Motherf***er) de l'UFC, créé en 2019 pour célébrer le combattant le plus spectaculaire et dominant de la promotion, est devenu un symbole aussi convoité que controversé. Lors de l'UFC 326, Charles Oliveira a remporté ce titre face à Max Holloway après une performance technique impressionnante, mais qui a laissé une partie du public sur sa faim. Oliveira, spécialiste des soumissions, a neutralisé Holloway au sol pendant une grande partie du combat, limitant les échanges debout et les moments de haute intensité. Une stratégie efficace, mais qui a relancé le débat sur ce que représente réellement le BMF : un titre récompensant la domination pure ou un spectacle destiné à divertir les fans ?
La question a pris une tournure personnelle lorsque Khamzat Chimaev, champion des poids moyens, a ironisé sur le combat en le qualifiant de "highlight fight" sur les réseaux sociaux. Une remarque qui n'a pas manqué de provoquer la réaction de Dricus Du Plessis, son ancien adversaire. "J'ai vu Khamzat commenter en disant à quel point ce combat était ennuyeux", a déclaré Du Plessis lors d'une interview avec Fight Forecast. "C'est un peu riche venant de lui. Au moins, Charles Oliveira a tenté des soumissions. Lui, il s'est contenté de s'allonger sur moi sans chercher à finir le combat."
UFC 319 : Quand Chimaev a écrit la page la plus controversée de sa carrière
Le 20 janvier 2024, Khamzat Chimaev a remporté le titre des poids moyens de l'UFC en dominant Dricus Du Plessis par décision unanime. Pourtant, cette victoire, la plus importante de sa carrière, reste entachée par les critiques sur son style de combat ce soir-là. Chimaev a adopté une stratégie de "lay and pray", s'allongeant sur Du Plessis pendant de longues minutes sans chercher activement à soumettre ou à frapper son adversaire. Une approche qui a frustré les fans et les analystes, habitués à voir Chimaev comme un combattant explosif et agressif. "C'était la première fois que je le voyais aussi passif", a confié un membre de son équipe sous couvert d'anonymat. "On s'attendait à une guerre, mais il a choisi la prudence."
Cette performance a valu à Chimaev des comparaisons avec des combattants comme Ben Askren ou Jon Fitch, connus pour leur approche méthodique et parfois peu spectaculaire. Pourtant, le Suédois a toujours revendiqué son style, arguant que l'objectif est de gagner, peu importe la manière. "Si les gens veulent du spectacle, qu'ils regardent du catch", avait-il déclaré après le combat. Une position qui contraste avec celle de Du Plessis, qui estime que le MMA doit rester un sport avant tout divertissant. "On ne peut pas reprocher à Oliveira d'avoir dominé, mais on peut se demander si ce combat méritait le titre BMF", a-t-il ajouté.
Oliveira vs Holloway : Une victoire technique qui interroge l'avenir du BMF
Charles Oliveira a signé une performance maîtrisée face à Max Holloway, l'un des combattants les plus actifs et spectaculaires de l'UFC. Avec 19 tentatives de soumission et une domination au sol quasi totale, "Do Bronx" a prouvé qu'il restait l'un des grapplers les plus redoutables de la promotion. Pourtant, son style a une nouvelle fois divisé les observateurs. Holloway, connu pour son volume de frappes et son endurance, a été réduit à un rôle de défenseur pendant la majeure partie du combat. "Max a tout donné, mais Oliveira l'a neutralisé comme personne ne l'avait fait avant", a analysé l'ancien champion des poids légers Frankie Edgar. "C'est impressionnant, mais est-ce que c'est ce que les fans veulent voir pour un titre comme le BMF ?"
Le débat sur la légitimité du BMF n'est pas nouveau. Créé en 2019 après la victoire de Jorge Masvidal contre Nate Diaz, ce titre symbolisait à l'origine l'esprit du combattant le plus dangereux et charismatique de l'UFC. Pourtant, avec le temps, il est devenu un enjeu à part entière, parfois déconnecté de son essence première. "Le BMF est censé représenter le combattant qui incarne l'UFC : spectaculaire, dominant et imprévisible", explique l'historien du MMA Jack Slack. "Mais avec des combats comme celui d'Oliveira, on s'éloigne de cette idée."
Dana White, président de l'UFC, a toujours défendu le titre, arguant qu'il récompense le meilleur combattant, peu importe le style. Pourtant, même lui a reconnu que certains combats pour le BMF avaient déçu. "On ne peut pas plaire à tout le monde", avait-il déclaré en 2022. "Mais si un combattant gagne de manière dominante, il mérite le titre." Une position qui pourrait évoluer si les critiques continuent de s'accumuler.
Chimaev vs Strickland : Un combat qui pourrait tout changer
Khamzat Chimaev affrontera Sean Strickland le 10 mai à l'UFC 328, dans un combat qui s'annonce comme l'un des plus explosifs de l'année. Strickland, connu pour son style agressif et son sens de la provocation, représente un défi de taille pour Chimaev. "Sean ne recule jamais, il va venir pour te frapper", a prévenu l'ancien champion des poids moyens Israel Adesanya. "Si Chimaev veut prouver qu'il est plus qu'un grappler, il va devoir montrer autre chose que du lay and pray."
Ce combat pourrait également être l'occasion pour Chimaev de redorer son blason après les critiques sur son style. Une victoire par KO ou soumission spectaculaire effacerait les doutes sur sa capacité à divertir. À l'inverse, une nouvelle décision unanime, obtenue grâce à une stratégie prudente, risquerait de renforcer les critiques. "Les fans veulent du spectacle, et Strickland est l'un des meilleurs pour ça", analyse l'analyste MMA Luke Thomas. "Si Chimaev veut être pris au sérieux comme un vrai champion, il va devoir monter d'un cran."
Du côté de Strickland, ce combat est une opportunité de confirmer son statut de prétendant numéro un. Après sa défaite controversée contre Adesanya en 2023, "Tarzan" a enchaîné les victoires, dont une contre l'ancien champion Paulo Costa. "Je vais casser Chimaev", a-t-il déclaré lors de la conférence de presse. "Il parle beaucoup, mais sur le ring, il ne fait pas le poids." Une provocation qui promet un combat électrique, mais qui pourrait aussi se transformer en guerre d'usure si Chimaev décide de jouer la prudence.
Le MMA à la croisée des chemins : Performance vs Spectacle
Le débat autour du combat Oliveira-Holloway et des critiques de Chimaev soulève une question plus large : le MMA doit-il privilégier la performance pure ou le spectacle ? Historiquement, ce sport a toujours oscillé entre ces deux pôles. Dans les années 1990, l'UFC mettait en avant des combattants comme Royce Gracie, dont le style technique et méthodique a révolutionné le sport. Pourtant, avec l'arrivée de stars comme Conor McGregor ou Ronda Rousey, l'accent a été mis sur le divertissement et le charisme.
"Le MMA est un sport hybride, et c'est ce qui fait sa beauté", explique l'entraîneur John Kavanagh, connu pour avoir travaillé avec McGregor. "Mais il ne faut pas oublier que c'est avant tout un sport de combat. Si un combattant domine son adversaire, il mérite de gagner, peu importe le style." Une position partagée par de nombreux puristes, mais qui se heurte à la réalité économique du sport. Les fans veulent du spectacle, et les promoteurs ont tout intérêt à leur en donner.
Pourtant, certains craignent que cette quête du divertissement ne nuise à la crédibilité du MMA. "Si on commence à récompenser uniquement les combats spectaculaires, on risque de voir des combattants prendre des risques inutiles pour plaire au public", avertit l'ancien combattant Chael Sonnen. "Le MMA doit rester un sport où la stratégie et la technique priment." Un équilibre difficile à trouver, surtout dans une ère où les réseaux sociaux amplifient les réactions des fans en temps réel.
Quoi qu'il en soit, une chose est sûre : le débat sur le BMF et le style de combat de Chimaev ne fait que commencer. Avec l'UFC 328 en ligne de mire, les fans peuvent s'attendre à de nouvelles polémiques, mais aussi à des réponses sur le ring. Et si Chimaev veut faire taire ses détracteurs, il n'a qu'une seule solution : offrir un combat inoubliable.
Le clash entre Dricus Du Plessis et Khamzat Chimaev dépasse le simple cadre d'une rivalité personnelle pour toucher à des questions fondamentales sur l'avenir du MMA. Alors que le sport cherche à concilier performance technique et spectacle, les combats comme celui d'Oliveira contre Holloway rappellent que ces deux objectifs ne sont pas toujours compatibles. Le BMF, autrefois symbole de domination et de charisme, est aujourd'hui au cœur d'un débat qui pourrait redéfinir les attentes des fans et des promoteurs.
L'UFC 328, avec le combat entre Chimaev et Strickland, sera un test crucial pour le Suédois. Une victoire spectaculaire pourrait faire taire les critiques et relancer sa carrière. À l'inverse, une nouvelle performance prudente risquerait de le confiner dans le rôle du combattant efficace mais peu divertissant. Dans tous les cas, une chose est certaine : le MMA continue d'évoluer, et les fans seront les premiers à en payer le prix... ou à en récolter les fruits.
En attendant, une question persiste : le titre BMF survivra-t-il à cette crise d'identité, ou faudra-t-il repenser son essence pour l'adapter aux attentes d'un public toujours plus exigeant ? Une chose est sûre, les prochains mois s'annoncent décisifs pour l'avenir de ce titre emblématique.

