Puebla, terre d’accueil et de combat : la genèse de Brazilian Warriors
Imaginez un jeune Brésilien de 19 ans, débarquant au Mexique avec pour tout bagage un kimono usé et un rêve : vivre de son art. C’était Diego Lopes en 2013. Dix ans plus tard, ce même homme, désormais star de l’UFC, inaugure à Puebla une académie révolutionnaire : Brazilian Warriors, première structure de jiu-jitsu entièrement gratuite pour les jeunes de 5 à 17 ans. *"Beaucoup commencent ce sport sans rien. Moi aussi. Aujourd’hui, je peux leur tendre la main"*, confie-t-il, les yeux brillants.
Le projet, lancé en juin 2024, a déjà accueilli plus de 200 enfants, tous équipés grâce à des partenariats avec des géants comme Monster Energy (fournisseur de boissons énergisantes), Venum (kimonos et gants), et True Classic (vêtements d’entraînement). Lors du séminaire inaugural, chaque enfant a reçu un kit complet – une première dans la région, où le coût moyen d’un kimono (entre 80 et 150$) représente souvent un salaire hebdomadaire pour les familles modestes.
L’académie ne se contente pas d’enseigner les techniques : elle offre aussi un soutien scolaire et des ateliers sur la nutrition, en collaboration avec des diététiciens locaux. *"On forme des athlètes, mais avant tout des citoyens"*, explique Lopes, qui a recruté trois ceintures noires pour encadrer les cours, dont Francisco Grasso – l’oncle d’Alexa Grasso, ancienne championne UFC, qui fut son mentor à ses débuts.
Pourquoi Puebla ? *"Cette ville m’a sauvé"*, avoue Lopes. Arrivé sans papiers ni ressources, il y a trouvé un emploi comme professeur de jiu-jitsu dans un petit dojo, avant de gravir les échelons. Aujourd’hui, il reverse 10% de ses gains UFC au fonctionnement de l’académie, complétés par des dons privés et des événements caritatifs (comme des séminaires payants pour les adultes, dont les bénéfices financent les jeunes).
"Je veux leur montrer que le rêve est possible" : le parcours fulgurant de Lopes
Le story-telling de Diego Lopes mérite un film. Né dans une favela de São Paulo, il découvre le jiu-jitsu à 12 ans grâce à un programme social similaire à celui qu’il dirige aujourd’hui. À 19 ans, il quitte le Brésil pour le Mexique, où il enchaîne les petits boulots : livreur, plongeur, professeur à 10$ de l’heure. *"J’ai dormi sur des tatamis plus d’une fois"*, se souvient-il.
Sa carrière MMA débute en 2015 dans des organisations locales, avant un tournant en 2021 : une défaite cuisante aux Dana White’s Contender Series (DWCS), où il se fait dominer en deux rounds. *"J’ai cru que c’était fini"*, admet-il. Pourtant, deux ans plus tard, l’UFC lui offre une chance inespérée : remplacer Movsar Evloev à 10 jours de préavis. Malgré une défaite aux points, sa performance lui vaut un contrat.
Ce qui suit est historique : cinq victoires d’affilée en UFC, dont trois par soumission (étranglement arrière, clé de bras), et une place de prétendant au titre face à Alexander Volkanovski à l’UFC 314 (février 2024). Bien que battu, Lopes prouve qu’il appartient à l’élite. *"Ce combat m’a appris une chose : même en perdant, on peut gagner"*, philosophie qu’il transmet désormais à ses élèves.
Son secret ? Une garde ultra-agressive et un jiu-jitsu adapté au MMA, mêlant prises de dos rapides et transitions au sol. *"Je ne cherche pas à gagner aux points. Je veux finir le combat"*, assume-t-il. Une approche qui lui a valu le surnom de *"The Dream"* – un clin d’œil à son parcours, mais aussi à sa capacité à renverser des combats en fin de round (comme contre Pat Sabatini en 2023, soumission à 4:30 du 3e round).
Noche UFC : Lopes vs. Silva, bien plus qu’un combat
Ce samedi 14 septembre, le Frost Bank Arena de San Antonio (Texas) sera le théâtre d’un choc 100% brésilien, mais aux résonances mexicaines. Diego Lopes (21-6) affronte Jean Silva (16-2), un strikeur redoutable issu de la Nova União, l’une des académies les plus réputées du Brésil. Avec 14 victoires par KO (dont 6 en moins de 2 minutes), Silva représente tout ce que Lopes déteste : un adversaire qui tue les combats debout.
Le matchup est un cauchemar pour les bookmakers :
- Silva : 72% de précision en striking, 80% de défense contre les takedowns, et une puissance explosive (11 KO en 1er round).
- Lopes : 60% de taux de soumission en UFC, mais une garde basse qui le rend vulnérable aux coups (il a été touché 120 fois en 5 combats UFC).
L’enjeu symbolique est immense. Une victoire propulserait Lopes vers le top 5 des plumes, mais surtout, elle offrirait une visibilité mondiale à Brazilian Warriors. *"Si je gagne, des sponsors vont regarder l’académie. Si je perds, je me relève et je montre aux gamins que l’échec fait partie du jeu"*, déclare-t-il. Un discours qui rappelle celui de George St-Pierre, qui utilisait sa plateforme pour promouvoir sa fondation anti-harcèlement.
À ne pas manquer : le combat sera diffusé en direct sur UFC Fight Pass (22h HE), avec une carte principale qui inclut aussi Yair Rodríguez (un autre Mexicain star de l’UFC) – une aubaine pour toucher le public latino-américain, cible prioritaire de Lopes pour développer son académie.
Brazilian Warriors : un modèle social inspiré, mais unique
Lopes ne cache pas s’être inspiré des académies sociales brésiliennes, comme Fight for Peace (Rio de Janeiro), qui combine boxe, éducation et insertion professionnelle. Mais Brazilian Warriors se distingue par :
- Un focus sur le MMA : contrairement à Fight for Peace (centré sur la boxe), l’académie forme aux trois disciplines (jiu-jitsu, muay thaï, lutte), avec un accès à une cage d’entraînement.
- Un partenariat avec l’UFC : Lopes négocie actuellement pour que les meilleurs élèves puissent intégrer le UFC Performance Institute au Mexique.
- Une dimension féminine : 40% des inscrits sont des filles, un record dans la région où les sports de combat restent très masculins.
Le défi ? Pérenniser le financement. *"Les dons couvrent 60% des coûts. Le reste vient de ma poche et des séminaires"*, explique Lopes, qui rêve d’un modèle hybride : une partie payante pour adultes (pour financer la gratuité pour les jeunes) et des partenariats avec des écoles locales pour intégrer le jiu-jitsu aux programmes sportifs.
Et après ? Lopes envisage d’ouvrir une deuxième académie à Mexico d’ici 2025, et pourquoi pas, une franchise Brazilian Warriors en Amérique latine. *"Mon but n’est pas de former des champions, mais des jeunes qui croient en eux. Le reste suivra."*
Derrière les gants : le Lopes méconnu
Saviez-vous que Diego Lopes :
- A appris l’espagnol en 3 mois en regardant des telenovelas mexicaines ? *"J’imaginais les dialogues en portugais, puis je les traduisais"*, rit-il.
- Est végétarien depuis 2020, une rareté dans le MMA où la viande rouge domine les régimes. *"Ça m’a aidé à récupérer plus vite"*, assure-t-il.
- A refusé un combat à Abu Dhabi en 2023 pour assister à la naissance de sa fille, Luna – un choix rare dans un sport où les contrats sont rois.
- Collectionne les tatouages de symboles mayas, en hommage à ses racines mexicaines adoptives.
Ces détails humains expliquent pourquoi Lopes est bien plus qu’un combattant : c’est un symbole d’intégration. Au Mexique, on le surnomme *"El Sueño"* (le rêve), et ses élèves de Brazilian Warriors scandent son nom comme un mantra. *"Quand je les vois s’entraîner, je me revois à leur âge. Sauf qu’eux, ils ont un kimono neuf. Ça change tout."*

