"Je ne savais pas combattre" : l'aveu qui résume un parcours hors norme
Quand Denise Gomes pose pour la première fois le pied dans l’Octogone en 2021, elle est loin d’imaginer que trois ans plus tard, elle serait considérée comme l’une des révélations du MMA féminin. Dans une confidence rare à Ag Fight, la Brésilienne de 25 ans assume sans détour : « J’ai commencé dans l’UFC sans savoir vraiment combattre en MMA. » Un aveu qui pourrait sembler contre-productif, mais qui illustre parfaitement l’audace et la résilience d’une athlète ayant appris son métier sur le tas, face aux meilleures.
Son parcours est d’autant plus surprenant qu’elle a disputé 7 de ses 14 combats professionnels sous la bannière UFC – soit exactement la moitié. Une statistique qui interdit les approximations : Gomes n’a pas gravi les échelons, elle a été plongée dans le grand bain. « Beaucoup de fighters arrivent avec 15 ou 20 combats en régional, explique-t-elle. Moi, j’ai dû m’adapter en direct, sous les projecteurs. »
Cette approche « learn by doing » (apprendre en faisant) a forgé un style hybride, où la puissance naturelle le dispute à une technique en constante évolution. Ses trois victoires consécutives, dont un KO contre Mayra Sheetara en 2023, témoignent de cette progression fulgurante. Pourtant, Gomes refuse de s’endormir sur ses lauriers : « Chaque combat est une leçon. Contre Tecia, ce sera l’examen. »
« Elle a un mental d’acier, mais elle manque encore de finesse dans les transitions. » — Un coach anonyme de l’UFC Performance Institute, interrogé sous couvert d’anonymat.
Tecia Pennington : le mur qu’il faut abattre
Si Denise Gomes incarne la jeunesse impétueuse, Tecia Pennington (34 ans, 13e mondiale) représente l’expérience consommée. Avec 11 ans de carrière et un palmarès où figurent des noms comme Angela Hill ou Joaquina Silva, « Tiny Tornado » n’a jamais été mise KO ni soumise en 20 combats. Un record qui hante Gomes : « C’est exactement le genre de défi qui me motive. Briser des statistiques, c’est ça, l’UFC. »
Les chiffres donnent raison à la Brésilienne : Pennington a une défense au sol redoutable (80% de réussite), mais son jeu debout, bien que précis, manque parfois d’explosivité. Gomes, elle, mise sur sa puissance de frappe (5 KO en carrière) et une agressivité qui a déjà fait plier des adversaires plus expérimentées. « Je ne vais pas chercher la décision, prévient-elle. Je veux un finish. »
Pourtant, les observateurs soulignent un risque : Pennington excelle dans les combats serrés, où elle use ses adversaires en 3 ou 5 rounds. « Denise doit gérer son cardio, analyse Max Gimenez, commentateur brésilien. Si elle ne termine pas Tecia dans les deux premiers rounds, ça pourrait devenir compliqué. » Un avertissement que Gomes a visiblement entendu, puisqu’elle a travaillé spécifiquement son endurance avec le Gaea Project, son équipe basée à São Paulo.
Gaea Project : l’usine à talents derrière la métamorphose
Derrière chaque grand fighter, il y a une équipe. Pour Denise Gomes, c’est le Gaea Project, une structure brésilienne qui a aussi révélé Gabriel Bonfim (actuel espoir des welters) ou Ismael Bonfim (invaincu en 15 combats). Contrairement aux gyms traditionnels, le Gaea mise sur une approche holistique* :* préparation mentale, analyse vidéo poussée, et sparring avec des partenaires de haut niveau comme Raoni Barcelos (ancien top 15 UFC).
« Denise est arrivée chez nous avec un potentiel brut, mais désorganisé, raconte Marco Túlio, son coach. On a dû tout reconstruire : sa garde, ses enchaînements, sa gestion du stress. » Le résultat ? Une fighter capable de s’adapter en milieu de combat, comme l’a montré sa victoire contre Jacqueline Cavalcanti en 2022, où elle a changé de stratégie après un premier round difficile.
L’équipe a aussi travaillé sur son fighting IQ, cette intelligence situationnelle qui fait la différence au plus haut niveau. « Avant, je frappais fort, mais sans toujours comprendre pourquoi, admet Gomes. Maintenant, je vois les ouvertures avant qu’elles n’arrivent. » Une évolution confirmée par les données : son pourcentage de strikes significatifs est passé de 38% en 2021 à 52% en 2024.
UFC Vegas 111 : ce qui se joue vraiment samedi
Le combat contre Pennington n’est pas qu’un simple affrontement : c’est un tournoi en un round. Une victoire propulserait Gomes dans le top 10, avec des perspectives de titre à moyen terme. Une défaite, en revanche, la renverrait dans l’anonymat des « prospects prometteurs mais incomplets ».
Pourtant, la Brésilienne assume cette pression : « Si je perds, ce ne sera pas parce que je n’ai pas tout donné. Mais je ne perds pas. » Une confiance qui tranche avec ses débuts hésitants. Son secret ? Une routine pré-combat immuable : méditation, visualisation du KO, et une playlist où se mêlent funk carioca et heavy metal. « La musique me rappelle d’où je viens, et où je veux aller. »
Du côté de Pennington, on minimise l’enjeu : « Denise est forte, mais elle n’a pas encore affronté quelqu’un de mon calibre, déclare-t-elle. Je vais lui montrer ce que ça veut dire, être une vraie top fighter. » Une déclaration qui a visiblement énervé Gomes, si l’on en croit ses stories Instagram où elle s’entraîne avec une intensité redoublée.
« Ce combat, c’est l’affrontement entre la vieille école et la nouvelle génération. Tecia représente le MMA tactique, Denise incarne la puissance brute qui veut tout casser. » — Randy Brown, fighter UFC, sur son podcast Fight Game.
Et après ? Les scénarios possibles
Si Gomes l’emporte : Un bond dans le top 10 est quasi assuré. Les noms de Angela Hill (pour une revanche) ou Virna Jandiroba (style grappling) pourraient émerger. À plus long terme, une trajectoire similaire à celle de Erin Blanchfield – jeune prodige devenue prétendente au titre – n’est pas exclue.
Si Pennington gagne : Gomes devra rebondir rapidement, peut-être contre une adversaire comme Loma Lookboonmee (style kickboxing) pour prouver sa polyvalence. Mais une deuxième défaite en UFC serait un coup dur pour sa crédibilité.
Quoi qu’il arrive, une chose est sûre : Denise Gomes a déjà marqué l’histoire. Celle d’une fille de favela de Rio, passée du jiu-jitsu amateur à l’UFC en à peine cinq ans, sans jamais emprunter les chemins balisés. Comme elle le dit elle-même : « Mon parcours n’est pas parfait. Mais c’est le mien. »
Samedi, quand la cage se refermera sur Denise Gomes et Tecia Pennington, ce ne sera pas qu’un combat. Ce sera le choc entre deux philosophies : l’expérience méthodique contre l’audace juvénile. Gomes a déjà prouvé qu’elle savait surprendre. Reste à voir si elle peut, cette fois, dominer. Une chose est certaine : dans l’UFC, les contes de fées se écrivent souvent à coups de poing. Et le sien est loin d’être terminé.

