Le "Notorious" frappe fort... mais hors de la cage
C'est une scène qui a fait le tour des réseaux sociaux en quelques heures : Conor McGregor, vêtu de ses gants de boxe rouges, enchaîne les uppercuts et les crochets au Crumlin Boxing Club, son club formateur situé dans le quartier défavorisé de Dublin qui l'a vu grandir. Les images, diffusées vendredi dernier, montrent l'Irlandais de 35 ans dominer son adversaire lors d'un match exhibition en trois rounds, allant jusqu'à lui infliger deux standing eight counts – ces arrêts temporaires où l'arbitre compte jusqu'à huit pour permettre au combattant sonné de récupérer. Un spectacle qui rappelle les heures de gloire de McGregor, mais qui soulève une question cruciale : pourquoi ce retour sur un ring de boxe, alors que le monde du MMA attend désespérément son retour dans l'octogone ?
Pour comprendre cette décision, il faut remonter à juillet 2021, date de son dernier combat officiel. Ce soir-là, à Las Vegas, McGregor affronte Dustin Poirier pour la troisième fois de leur rivalité légendaire. Menant aux points après deux rounds, l'Irlandais se retrouve dos au mur dans le troisième round. Alors qu'il tente un coup de pied latéral, sa jambe gauche se brise net sous l'impact. La scène, d'une violence rare, marque la fin brutale d'un règne qui aura duré près de sept ans. Depuis, McGregor a multiplié les annonces de retour, sans jamais concrétiser. En avril dernier, il devait affronter Michael Chandler lors de l'UFC 303, mais a finalement déclaré forfait en raison d'une fracture de l'orteil – une blessure qui, selon certains observateurs, aurait pu être gérée différemment par un athlète moins médiatique.
Ce match exhibition de boxe, organisé dans l'intimité de son club natal, semble donc être une manière pour McGregor de tester sa condition physique loin des projecteurs de l'UFC. "C'est une façon pour lui de se rassurer, de montrer qu'il peut encore frapper fort, même si la boxe et le MMA sont deux sports radicalement différents", analyse Jack Slack, analyste technique pour Fightland. "Le problème, c'est que McGregor a toujours été un combattant qui dépendait de son timing et de sa précision. Or, à 35 ans, avec une jambe qui a été littéralement brisée, il est légitime de se demander s'il pourra retrouver ce niveau d'explosivité."
Dana White et le jeu du chat et de la souris
Si McGregor multiplie les signaux contradictoires, le président de l'UFC, Dana White, n'est pas en reste. Lors de la conférence de presse suivant l'UFC Seattle, White a déclaré être "confiant" quant à un retour de l'Irlandais, tout en refusant de confirmer une date précise. "Rien n'est fait. Rien n'est même proche d'être fait. Oui, on aimerait qu'il combatte en juillet [pour l'International Fight Week], mais pour l'instant, c'est du vent", a-t-il lâché, avant d'ajouter : "Fin de l'année dernière, j'étais optimiste. Aujourd'hui, je suis toujours confiant."
Ces déclarations en demi-teinte reflètent la relation complexe entre White et McGregor. D'un côté, le président de l'UFC sait pertinemment que le retour de la star irlandaise représenterait un coup marketing monumental pour la promotion. McGregor reste, malgré ses deux ans d'absence, l'un des combattants les plus bankables de l'histoire du MMA, avec des records de pay-per-view et des ventes de merchandising toujours aussi impressionnants. De l'autre, White est conscient des risques : un McGregor diminué par les blessures ou, pire, une nouvelle annulation de dernière minute, pourrait ternir l'image de l'UFC.
Pourtant, les rumeurs persistent. Selon Kevin Iole, journaliste spécialisé pour Yahoo Sports, des sources proches des négociations affirment que McGregor aurait "exigé un contrat à plusieurs combats", avec des clauses financières bien supérieures à celles de ses précédents contrats. "McGregor sait qu'il n'est plus au sommet de sa forme, mais il mise sur son statut de légende pour négocier en position de force", explique Iole. "Le problème, c'est que l'UFC n'a pas envie de prendre un risque financier sur un combattant qui pourrait ne pas tenir plus d'un round."
Cette valse-hésitation n'est pas nouvelle dans la carrière de McGregor. En 2016, après sa victoire contre Eddie Alvarez pour le titre des poids légers, l'Irlandais avait annoncé une pause pour se concentrer sur sa vie personnelle et ses projets entrepreneuriaux (comme sa marque de whiskey, Proper No. Twelve). Un retrait qui avait duré près de deux ans, avant un retour triomphal contre Khabib Nurmagomedov en 2018 – un combat qui s'était soldé par une défaite controversée et une bagarre générale en cage. Aujourd'hui, la donne est différente : McGregor n'est plus invaincu, et le monde du MMA a continué de tourner sans lui.
Les blessures : le talon d'Achille de McGregor
Si McGregor fascine autant, c'est aussi parce que son parcours est jalonné de rebonds spectaculaires. Après sa défaite contre Nate Diaz en 2016, où il avait été dominé en raison de son manque d'endurance, l'Irlandais avait complètement revu son entraînement, perdant près de 15 kilos pour revenir plus rapide et plus technique. Un travail qui avait porté ses fruits lors de sa revanche contre Diaz, où il avait remporté une victoire nette aux points. Pourtant, depuis sa fracture de la jambe en 2021, les signaux sont moins encourageants.
Les blessures de McGregor ne sont pas anodines. En 2019, il avait déjà subi une fracture du péroné lors d'un entraînement, ce qui l'avait éloigné des rings pendant plusieurs mois. En 2020, une opération à l'épaule avait encore retardé son retour. Et en 2023, c'est une fracture de l'orteil qui l'avait contraint à annuler son combat contre Chandler. "McGregor a toujours eu un style de combat très agressif, qui sollicite énormément ses membres inférieurs", explique Dr. Johnny Benjamin, chirurgien orthopédique spécialisé dans les blessures sportives. "Le problème, c'est qu'à 35 ans, son corps ne récupère plus aussi vite qu'avant. Une fracture de la jambe, c'est une blessure grave qui peut laisser des séquelles permanentes, surtout si elle n'est pas correctement soignée."
Pourtant, McGregor semble déterminé à prouver qu'il peut encore compter. Lors de son match exhibition de boxe, il a montré des signes encourageants : sa vitesse de poing était toujours là, et sa capacité à enchaîner les combinaisons n'a pas semblé altérée. Mais comme le souligne Ben Fowlkes, journaliste pour MMA Fighting, "la boxe et le MMA, ce n'est pas la même chose. En boxe, tu n'as pas à t'inquiéter des amenées au sol, des clés de bras ou des coups de pied. McGregor a toujours été un combattant debout, mais dans l'octogone, il devra faire face à des adversaires complets, capables de l'emmener là où il est le moins à l'aise."
L'héritage de McGregor : entre légende et réalité
Conor McGregor est bien plus qu'un simple combattant : c'est une icône culturelle, un homme qui a transcendé le monde du MMA pour devenir une figure médiatique mondiale. Avec ses costumes trois-pièces, ses phrases chocs ("I run Dublin", "The king is back") et son sens inné du spectacle, il a redéfini ce que signifiait être une star du sport. Mais aujourd'hui, son héritage est en jeu.
D'un côté, McGregor reste l'un des plus grands vendeurs de pay-per-view de l'histoire de l'UFC. Son combat contre Khabib Nurmagomedov en 2018 a généré plus de 2,4 millions de ventes, un record qui tient toujours. Son retour, quel que soit l'adversaire, garantirait des recettes colossales pour l'UFC. De l'autre, une défaite rapide ou une nouvelle blessure pourrait ternir définitivement son image. "McGregor a toujours été un combattant qui divisait, mais il a aussi toujours su rebondir", analyse Loretta Hunt, historienne du MMA. "Le problème, c'est que cette fois, les enjeux sont différents. S'il revient et qu'il perd, ce ne sera pas juste une défaite de plus : ce sera la fin d'un mythe."
Pourtant, McGregor semble prêt à prendre ce risque. Dans une récente interview accordée à The Independent, il a déclaré : "Je suis né pour combattre. Je ne suis pas fait pour rester assis sur un canapé à regarder les autres écrire l'histoire. Je veux être dans l'action, je veux sentir l'adrénaline, je veux entendre la foule." Des mots qui rappellent ceux de Muhammad Ali, autre légende du sport qui avait multiplié les retours improbables avant de finalement raccrocher les gants. Mais Ali, lui, avait 39 ans lorsqu'il a livré son dernier combat. McGregor, à 35 ans, est-il déjà trop vieux pour un comeback triomphal ?
Une chose est sûre : si McGregor revient, ce ne sera pas pour un combat anodin. Selon plusieurs sources, l'UFC envisagerait de lui offrir une revance contre Dustin Poirier, un combat qui permettrait de clore leur trilogie et qui aurait un énorme potentiel commercial. Poirier, qui a battu McGregor à deux reprises (dont une fois par TKO), a d'ailleurs déclaré être prêt à l'affronter à nouveau : "Je respecte Conor, mais je sais que je peux le battre. Si l'UFC me propose ce combat, je serai là."
Et si McGregor ne revenait jamais ?
L'hypothèse d'un McGregor qui ne remonterait jamais dans l'octogone est aujourd'hui plus crédible qu'on ne le pense. Après tout, l'Irlandais a déjà amassé une fortune estimée à plus de 200 millions de dollars, grâce à ses combats, ses partenariats (avec des marques comme Monster Energy ou Reebok) et ses entreprises (comme sa distillerie de whiskey). Il a également lancé sa propre marque de vêtements, August McGregor, en collaboration avec le designer David August. Sans oublier ses apparitions dans des films (comme The Gentlemen de Guy Ritchie) et ses projets télévisuels.
Pourtant, McGregor semble incapable de tourner la page. "Le MMA, c'est toute sa vie", confie un ancien membre de son équipe, sous couvert d'anonymat. "Il a grandi dans la pauvreté, à Crumlin, et le sport a été son ticket pour la gloire. Sans ça, il n'est plus rien. C'est pour ça qu'il revient sans cesse, même quand son corps lui dit d'arrêter."
Reste à savoir si l'UFC est prêt à prendre le risque. Avec des combattants comme Islam Makhachev, Leon Edwards ou Jon Jones qui dominent actuellement les cartes, McGregor n'est plus le visage incontesté de la promotion. Un retour raté pourrait non seulement nuire à sa réputation, mais aussi à celle de l'UFC, qui a tout intérêt à préserver son image de sport de haut niveau.
Pour l'instant, une chose est certaine : McGregor continue de faire parler de lui. Que ce soit à travers ses déclarations tonitruantes, ses apparitions médiatiques ou ses matchs exhibitions, il reste une machine à buzz. Mais dans un sport où l'âge et les blessures rattrapent toujours les combattants, la question n'est plus de savoir si McGregor reviendra, mais quand – et surtout, dans quel état.
Conor McGregor incarne mieux que quiconque la dualité du sport moderne : à la fois athlète d'exception et produit marketing, légende intouchable et combattant vieillissant. Son récent match exhibition de boxe, s'il a prouvé qu'il pouvait encore frapper fort, n'a pas dissipé les doutes sur sa capacité à revenir au plus haut niveau dans l'octogone. Entre les blessures à répétition, les annulations de dernière minute et les exigences financières démesurées, son retour semble plus incertain que jamais.
Pourtant, une chose est sûre : McGregor ne disparaîtra pas de sitôt. Que ce soit en tant que promoteur de ses propres marques, commentateur occasionnel ou même acteur, l'Irlandais a su se réinventer en dehors de la cage. Mais pour ses millions de fans à travers le monde, le vrai spectacle reste celui d'un homme qui défie les limites de son corps et de son âge. Et si ce comeback n'avait finalement jamais lieu, une page de l'histoire du MMA se tournerait définitivement – laissant derrière elle le souvenir d'un combattant qui a marqué son sport comme peu l'ont fait avant lui.
En attendant, une question persiste : et si le plus grand combat de Conor McGregor n'était pas contre un adversaire dans l'octogone, mais contre le temps lui-même ?

