"Il voulait être le Poutine de l’Irlande" : les révélations de Lobov sur les ambitions politiques de McGregor
L’idée n’était pas un caprice. Dès 2016, alors qu’il dominait l’UFC avec des titres dans deux catégories, Conor McGregor parlait déjà politique. Pas en termes vagues, mais avec une méthode : rencontres discrètes avec des hommes d’influence, étude des mécanismes du pouvoir, et même un voyage au Kremlin pour y discuter avec Vladimir Poutine. *"Il ne voulait pas juste être un député, il visait le sommet. Comme en MMA, il voulait tout, tout de suite"*, révèle Artem Lobov, son ancien partenaire d’entraînement, aujourd’hui distance par des années de tensions.
Lobov, qui affrontera Jordan Oliver au PFL Dubai le 3 octobre, se souvient de conversations où McGregor analysait les faiblesses des partis irlandais avec la même précision qu’il décortiquait les failles de ses adversaires. *"Il étudiait les discours de Leo Varadkar [ex-Premier ministre irlandais] comme il étudiait ceux de Dana White"*, compare-t-il. Une obsession qui culminera en 2023 avec l’annonce officielle de sa candidature à la présidentielle irlandaise… avant un retrait aussi soudain qu’inattendu.
Pourquoi un tel revirement ? Lobov, malgré leurs différends (il a poursuivi McGregor en justice pour diffamation en 2019), offre une piste : *"Le Conor qui montait en cage avec des genoux en miettes, celui qui défiait le monde à coups de poings et de tweets, a disparu. Aujourd’hui, il est perdu dans ses propres batailles."* Une allusion à peine voilée aux affaires judiciaires qui s’accumulent, mais aussi à une discipline de vie qui, selon plusieurs proches, s’est effritée.
De la cage au tribunal : comment les scandales ont ébranlé l’empire McGregor
Décembre 2023 : un tribunal irlandais le déclare coupable d’agression sexuelle sur une femme en 2018. McGregor fait appel, mais la cour confirme le verdict en 2024. Aux États-Unis, une autre plainte le vise pour des faits similaires lors d’un match des Miami Heat en 2023. Deux affaires qui, même sans condamnation définitive, ont fissuré son image de "roi intouchable" du MMA.
*"Il a toujours joué avec les limites, mais là, il a franchi une ligne"*, estime John Kavanagh, son entraîneur historique, qui refuse cependant de le lâcher publiquement. Les conséquences sont immédiates : des sponsors comme Proper No. Twelve (son whisky) réduisent leurs campagnes, et l’UFC, bien que silencieuse, repousse sine die un éventuel retour. *"Personne ne veut être associé à un scandale sexuel, même si c’est Conor"*, glisse un cadre de l’organisation sous couvert d’anonymat.
Pourtant, McGregor contre-attaque. Sur les réseaux, il dénonce des *"manipulations"* et promet un *"retour en force"*. Mais les observateurs notent un changement de stratégie : exit la politique, place au business du combat. En 2024, il devient actionnaire majoritaire du Bare Knuckle Fighting Championship (BKFC), une ligue de combat à poings nus, et annonce un retour en 2026 pour un événement UFC à la Maison-Blanche – un coup médiatique qui rappelle son génie pour le spectacle.
"Il a besoin de la cage" : le MMA comme thérapie pour un champion en chute libre
*"Quand il est dans l’octogone, même à l’entraînement, c’est un autre homme"*, confie un membre de son équipe, SBG Ireland. Après trois ans d’absence, McGregor semble chercher dans le MMA une rédemption. *"Il parle de 2026 comme d’une renaissance"*, ajoute Lobov, sceptique mais lucide : *"S’il ne se recentre pas, ce sera un désastre. La politique, c’est fini pour lui. Maintenant, il doit prouver qu’il est encore un combattant."*
Les défis sont immenses. À 36 ans, son corps a subi des années de guerres (deux genoux reconstruits, une cheville brisée en 2021). *"Physiquement, il peut encore le faire. Mentalement, c’est une autre histoire"*, analyse Daniel Cormier, double champion UFC. Sans compter la concurrence : des jeunes loups comme Islam Makhachev ou Leon Edwards dominent désormais les catégories où il excellait.
Pourtant, McGregor mise sur l’innovation. Son implication dans le BKFC, où il promet de *"révolutionner le combat"*, et son projet d’événement à la Maison-Blanche (en partenariat avec des influenceurs comme Jake Paul) montrent une volonté de contrôler son récit. *"Il veut écrire la fin de son histoire"*, décrypte un proche. Reste à savoir si le public, de plus en plus critique, lui accordera cette chance.
Lobov, Kavanagh, Cormier… Ce que ses proches révèlent vraiment
"Il est seul maintenant." Le constat de Lobov résume l’isolement progressif de McGregor. Même Dana White, autrefois son plus grand soutien, évite désormais de commenter ses frasques. *"Il a brûlé des ponts"*, regrette un manager sous anonymat, évoquant des conflits avec des partenaires comme Paradigm Sports (son ancienne agence).
Pourtant, certains croient encore en lui. John Kavanagh insiste : *"Conor a toujours su rebondir. En 2016, après sa défaite contre Nate Diaz, tout le monde l’enterrait. Regardez ce qu’il a fait après."* Une référence à son titre remporté contre Eddie Alvarez la même année, prouvant sa capacité à transformer l’échec en légende.
Le dernier mot reviendra-t-il à la cage ? Lobov, malgré tout, laisse une porte ouverte : *"S’il retrouve sa folie – la bonne –, il peut encore surprendre. Mais il doit arrêter de se mentir."* Une allusion aux rumeurs de drogues et d’alcool qui circulent depuis 2022, jamais confirmées mais persistantes.
En attendant, McGregor multiplie les projets : une marque de vêtements (August McGregor), des investissements dans l’immobilier à Dublin, et même des discussions avec Netflix pour une série documentaire. *"Il construit un empire parallèle, au cas où…"*, analyse un journaliste du Irish Independent. Un empire qui, pour l’instant, ne suffit pas à faire oublier les ombres du passé.
Une chose est sûre : que ce soit dans l’octogone, les tribunaux ou les couloirs du pouvoir, McGregor reste un maître dans l’art de polariser. Et si la politique lui a échappé, une question persiste : le combat lui offrira-t-il la rédemption qu’il cherche ?

