Un choc légendaire réduit à néant par une seconde de trop
Imaginez la scène : Chris Weidman, 40 ans, ancien roi des poids moyens de l’UFC et vainqueur à deux reprises d’Anderson Silva, s’apprête à monter sur le ring pour un troisième acte… mais en boxe cette fois. L’événement ? La soirée phare opposant Jake Paul à Gervonta Davis, prévue en novembre 2024. Un cadre idéal pour un combat-revanche qui faisait saliver les fans depuis des années. Pourtant, tout s’est effondré en un instant, lors d’un entraînement routinier à Long Island.
Alors qu’il enchaînait les crochets du gauche, Weidman a senti un « craquement sourd » dans son biceps. « J’ai tout de suite su que c’était sérieux, raconte-t-il. J’ai essayé de serrer les dents, de me reposer deux jours… mais la douleur irradiait jusqu’à l’épaule. Impossible de lever le bras sans une souffrance atroce. » Le diagnostic tombe : déchirure partielle du tendon du biceps gauche, nécessitant une intervention chirurgicale immédiate. « Le médecin m’a dit que si j’avais forcé ne serait-ce qu’une fois de plus, le tendon aurait pu se rompre complètement », confie-t-il à ESPN.
« Je voulais cette revanche plus que tout » : la frustration d’un guerrier
Pour comprendre l’ampleur de la déception, il faut remonter à 2013. Cette année-là, Weidman, alors invaincu, inflige à Silva sa première défaite en UFC depuis 7 ans, brisant du même coup une série de 16 victoires consécutives. Le Brésilien, intouchable, s’effondre sous les coups de l’Américain. Un an plus tard, Weidman réitère, cette fois par TKO au 2ᵉ round. Deux victoires qui ont marqué l’histoire du MMA… et laissé un goût amer à Silva, assoiffé de revanche.
Dix ans plus tard, l’occasion se présentait enfin. Mais en boxe, discipline où Silva, malgré ses 49 ans, a déjà brillé (victoire contre Julio Cesar Chavez Jr. en 2023). Weidman, lui, n’avait jamais boxé professionnellement. « C’était un défi fou, mais je m’entraînais comme un dingue, explique-t-il. Six heures par jour, entre le sac, les sparrings et la technique. Je voulais lui prouver que même en boxe, je pouvais le dominer. » Las, le destin en a décidé autrement.
Sur les réseaux sociaux, les réactions ont été immédiates. Dana White, président de l’UFC, a exprimé sa déception : « Chris est un combattant né, c’est tragique de le voir stoppé comme ça. Silva, lui, est prêt à monter sur le ring demain. » Du côté des fans, la colère se mêle à l’incompréhension : « Pourquoi organiser un combat aussi risqué à leur âge ? », « Weidman n’a plus rien à prouver, il devrait raccrocher », peut-on lire en commentaires.
Entre rééducation et incertitudes : quel avenir pour Weidman ?
Opéré avec succès à New York par le Dr. David Altchek (spécialiste des athlètes de haut niveau), Weidman entame désormais une rééducation de 6 à 9 mois. « Les premiers jours après l’opération, j’avais l’impression d’avoir un couteau planté dans le bras, avoue-t-il. Mais je suis un battant. Je vais revenir. » Pourtant, à 40 ans, après une carrière marquée par les blessures (notamment une fracture de la jambe en 2020), les questions se posent.
Son manager, Dominic Cruz, reste prudent : « Chris a encore la flamme, mais son corps commence à dire stop. On va évaluer les options après sa rééducation. Peut-être un dernier combat en MMA, ou alors se concentrer sur le coaching. » Une chose est sûre : son retour en 2025 semble compromis, surtout pour un combat en boxe, plus exigeant pour les articulations.
Pendant ce temps, Anderson Silva, lui, n’a pas l’intention d’attendre. Selon MMA Fighting, les promoteurs chercheraient un remplaçant parmi les noms suivants :
- Uriah Hall (ancien rival de Silva en UFC)
- Derek Brunson (vétéran des poids moyens)
- Un boxeur invaincu pour relancer l’attrait médiatique
« Silva veut combattre en novembre, coûte que coûte, révèle une source proche. Il a même proposé de descendre en poids mi-moyens si nécessaire. »
Derrière les gants : la malédiction des légendes du MMA en boxe
Ce contretemps rappelle une tendance lourde : les stars du MMA peinent à s’imposer en boxe. Conor McGregor (défaite contre Floyd Mayweather en 2017), Ben Askren (KO contre Jake Paul en 2021), ou encore Vitor Belfort (match nul controversé en 2023) en savent quelque chose. « Le passage à la boxe est un piège, analyse le journaliste Ariel Helwani. Les réflexes de MMA trahissent en boxe : on a tendance à baisser la garde, à chercher les prises. Weidman, avec son style de grappler, aurait été en danger. »
Ironie du sort : c’est justement pour éviter ce risque que Weidman s’était entouré d’entraîneurs de boxe renommés, comme Ronnie Shields (qui a coaché Mike Tyson). « Je travaillais mes appuis, mes enchaînements, mes esquives, détaille-t-il. Je voulais surprendre Silva, qui s’attend à me voir charger comme en MMA. » Las, la blessure a eu raison de ses plans.
Reste une question : ce combat aurait-il vraiment eu lieu sans cet accident ? Certains observateurs, comme l’ex-champion Michael Bisping, en doutent : « Les assureurs auraient-ils validé ce match ? Silva a 49 ans, Weidman sort à peine d’une opération du genou… C’était trop risqué. Peut-être que le destin nous a évité un drame. »
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour 2025
Si Weidman parvient à récupérer à 100%, plusieurs pistes s’offrent à lui :
1. Un dernier combat en MMA : L’UFC lui a déjà proposé un affrontement contre Paulo Costa ou Robert Whittaker, deux noms qui feraient sensation.
2. Un rôle d’analyste/coach : ESPN et UFC Fight Pass lui ont fait des offres pour commenter les événements.
3. Une revanche contre Silva… en MMA : « Ce serait plus logique, estime Joe Rogan. En cage, Chris a tous les outils pour le battre à nouveau. »
Quant à Silva, il pourrait bien se tourner vers un combat exhibition contre… Oscar De La Hoya, 51 ans, pour un choc de légendes.
Une chose est certaine : cette blessure relance le débat sur l’âge limite des combattants. Avec des athlètes comme Silva, Randy Couture (qui a combattu à 47 ans), ou Fedor Emelianenko (encore actif à 47 ans), le MMA et la boxe doivent-ils instaurer des règles plus strictes ? « C’est un sport de guerriers, répond Weidman. Tant qu’on est en forme et que les médecins valident, pourquoi s’arrêter ? Moi, je ne dirai jamais jamais. »

