La victoire qui a tout déclenché : Prates vs. Edwards, un choc de philosophies
Le 15 juin 2024, lors de l’UFC 303 à Las Vegas, Carlos Prates a réalisé l’impensable : dominer Leon Edwards, ancien champion des poids mi-moyens, en cinq rounds. Une performance d’autant plus surprenante que le Brésilien avait passé la semaine précédente à "boire des caipirinhas et fumer comme un pompier", selon ses propres mots. Islam Makhachev, présent ce soir-là, n’en revenait pas. Pour le Russe, habitué à des routines militaires (réveil à 5h, jeûnes prolongés, entraînements bi-quotidiens), voir Prates lever les bras après une telle préparation était un choc culturel.
En conférence de presse, Makhachev a lancé, mi-amusé, mi-sérieux : "Ce gars-là, il casse tous les codes. Moi, je me prive de sucre depuis 10 ans, et lui, il mange une barre de chocolat avant la pesée et il te met KO. Où est la logique ?" La question, posée avec un sourire, résumait l’incompréhension générale. Pourtant, les chiffres ne mentent pas : Prates a landed 42% de ses coups significatifs contre Edwards, un taux supérieur à la moyenne de l’UFC (38%), et a réussi 3 takedowns sur 5 tentatives – une statistique digne d’un lutteur olympique.
"Je suis une anomalie" : Le credo de Prates qui fait trembler les puristes
Carlos Prates assume pleinement son statut d’"OVNI du MMA". Dans une interview accordée à MMA Fighting en 2023, il avait déjà prévenu : "Je ne suis pas un robot. Je bois, je fume, je sors. Mais quand je monte dans la cage, je deviens une machine. Mon corps est fait pour ça." Une déclaration qui avait fait grincer des dents, notamment du côté des nutritionnistes sportifs.
Pourtant, les faits lui donnent raison. Son coach, Rafael Cordeiro (qui a aussi entraîné Anderson Silva), explique : "Carlos a un métabolisme unique. Il récupère deux fois plus vite que la moyenne, et son système nerveux est incroyablement efficace. Il n’a pas besoin de se détruire à l’entraînement." Une théorie confirmée par les données : lors de son camp pour Edwards, Prates n’a effectué que 6 semaines de préparation spécifique, contre 12 en moyenne pour un combat de titre.
Makhachev, lui, reste sceptique mais fasciné : "Peut-être qu’il a un gène spécial, comme ces moines tibétains qui résistent au froid sans vêtements. Mais moi, je ne conseillerais à personne de suivre son exemple !"" Une position partagée par la plupart des champions, à l’exception notable de Conor McGregor, qui a salué sur X (ex-Twitter) le "style de vie rockstar" de Prates.
Derrière le mythe : Ce que les statistiques révèlent vraiment
Si Prates semble défier les lois de la physiologie, une analyse plus poussée révèle des éléments moins "magiques" :
1. Un gabarit optimisé : Avec 1m88 pour 84kg en poids de combat (contre 1m83 pour 77kg pour Edwards), Prates bénéficie d’un avantage de portée (193cm d’envergure) et de puissance naturelle. Son style, basé sur des long jabs et des low kicks, exploite parfaitement cette morphologie.
2. Une intelligence de combat rare : Selon FightMetric, Prates a un taux de défense de 68% (l’un des meilleurs de l’UFC), preuve d’une lecture exceptionnelle des combats. Makhachev lui-même a reconnu : "Il anticipe les mouvements comme un joueur d’échecs. C’est ça, son vrai talent."
3. Un mental à toute épreuve : Lors de l’UFC 295, Prates avait encaisse un uppercut monstrueux de Geoff Neal… pour répondre par un head kick KO en 30 secondes. Une résilience qui compense largement ses "excès".
L’effet Prates : Quand le MMA repense ses dogmes
Le cas Prates a déclenché un débat passionné dans le milieu. D’un côté, les traditionalistes comme Henry Cejudo (double champion UFC) dénoncent "un dangereux message pour les jeunes". De l’autre, des voix plus nuancées émergent :
• Jorge Masvidal : "Les gens oublient que le MMA, c’est d’abord un sport de combat, pas un concours de discipline. Si ça marche pour lui, pourquoi pas ?"
• Dr. Duncan French (spécialiste de la performance UFC) : "Prates est une exception qui confirme la règle. 99% des athlètes ont besoin de structure. Mais son cas montre que la génétique et la neuroplasticité jouent un rôle énorme."
Makhachev, lui, a tiré une leçon plus personnelle de cette affaire : "Avant, je pensais que la victoire venait à 100% du travail. Maintenant, je me dis que parfois, il faut juste avoir ce truc en plus… même si je continuerai à me lever à 5h du matin !" Une conclusion qui résume bien le trouble que Prates sème dans les esprits.
Et maintenant ? Les défis qui attendent l’"anomalie"
Après sa victoire contre Edwards, Prates est désormais #3 du classement UFC des poids mi-moyens. Deux options s’offrent à lui :
1. Un combat de titre contre le vainqueur de Shavkat Rakhmonov vs. Ian Machado Garry (prévu pour décembre 2024). Dana White a déjà évoqué cette possibilité, soulignant que "les fans adorent son style".
2. Un "super fight" contre Israel Adesanya (poids moyen), que Prates a provoqué sur les réseaux avec un "Je te bats même avec une clope au bec !" Le Nigérian a répondu par un simple "LOL", mais les bookmakers donnent déjà Prates outsider à 3.50.
Quel que soit son prochain adversaire, une chose est sûre : Carlos Prates a déjà gagné son plus grand combat – celui contre les préjugés. Et si Makhachev continue de secouer la tête en le regardant, c’est peut-être simplement parce que, comme il le dit lui-même : "Dans le MMA, il y a des règles… et puis il y a Prates."

