L’art de la provocation : quand l’ironie devient une arme
Dans l’univers du MMA, où chaque mot peut devenir un déclencheur de combat, Carlos Prates a choisi une voie inattendue pour se faire remarquer. Lors d’un entretien avec Laerte Viana na Área, MMA, le Brésilien surnommé Pesadelo ("Cauchemar") a lancé un défi pour le moins paradoxal à Islam Makhachev : *"Je suis la lutte la moins difficile pour toi."* Une phrase qui, à première vue, semble autodérisoire... mais qui cache en réalité une stratégie médiatique bien huilée.
À l’ère des réseaux sociaux et des rivalités manufacturées, Prates joue un jeu dangereux. Contrairement à un Colby Covington, qui mise sur l’insulte pure, ou un Conor McGregor, maître de l’art du trash-talking spectaculaire, le Brésilien opte pour une ironie subtile. Une approche qui interroge : s’agit-il d’une véritable stratégie de positionnement, ou d’un coup de poker pour forcer l’UFC à le prendre au sérieux ?
Ce qui est certain, c’est que dans une division des poids mi-moyens déjà encombrée (avec des légendes comme Kamaru Usman ou des espoirs comme Michael Morales), se démarquer est une nécessité. Et si Prates n’est pas (encore) un nom qui fait trembler les classements, son style explosif et son charisme naturel pourraient bien faire de lui un outsider à suivre.
Derrière la provocation : un combattant à ne pas sous-estimer
Mais au-delà des mots, que vaut vraiment Carlos Prates dans l’Octogone ? Avec un palmarès de 15 victoires pour seulement 2 défaites (dont une controversée), le Brésilien a prouvé qu’il savait finir les combats : 11 de ses victoires se sont conclues avant la limite, dont 7 par soumission. Un ratio qui force le respect, même si son niveau de compétition reste en dessous de celui des top 15 mondiaux.
Son dernier combat, une victoire par KO technique face à Nicolás Dalby en mars 2024, a montré une évolution notable dans son jeu. Prates a démontré une meilleure gestion de la distance et une puissance frappante accrue, deux atouts essentiels pour espérer rivaliser avec l’élite. Pourtant, certains analystes, comme le commentateur Daniel Cormier, restent sceptiques : *"Prates a du talent, mais défier Makhachev alors qu’il n’est même pas dans le top 10 ? C’est soit du génie marketing, soit de l’inconscience."*
Ce qui est fascinant avec Prates, c’est sa capacité à jouer avec les codes. Là où d’autres combattants évitent soigneusement de minimiser leurs chances, lui assume un discours délibérément ambigu. Est-ce une façon de déstabiliser mentalement ses futurs adversaires ? Ou simplement une tactique pour générer du buzz dans un sport où l’attention est une monnaie d’échange ?
"Je veux le combat le plus facile" : quand la psychologie entre en jeu
La déclaration de Prates rappelle étrangement une tactique utilisée par Georges St-Pierre en 2007. À l’époque, le Canadien avait publiquement affirmé vouloir affronter Matt Serra – un adversaire considéré comme "facile" par les bookmakers – avant de le dominer pour remporter le titre. Une leçon que Prates semble avoir retenue : sous-estimer un adversaire peut le pousser à commettre des erreurs.
Mais là où GSP agissait avec une froideur calculée, Prates mise sur l’humour et l’autodérision. *"Si Makhachev veut un combat facile, je suis son homme"*, a-t-il déclaré en riant. Une approche qui divise : certains y voient une faiblesse mentale, d’autres une intelligence psychologique. Comme le souligne l’entraîneur Firas Zahabi : *"Dans le MMA, la guerre commence bien avant le premier coup. Prates joue un rôle, mais est-ce que Makhachev va mordre à l’hameçon ?"*
Car c’est bien là le cœur du problème : Islam Makhachev, champion invaincu depuis 2015 et considéré comme l’un des meilleurs grapplers de l’histoire, a-t-il quelque chose à gagner à affronter Prates ? Probablement pas. Mais si l’UFC voit dans ce défi une opportunité de créer un événement médiatique, la donne change. Et c’est précisément sur ce calcul que mise le Brésilien.
L’UFC face au dilemme : buzz vs. crédibilité sportive
Pour l’UFC, le cas Prates est un casse-tête. D’un côté, le Brésilien représente un potentiel de spectacle : son style agressif, son charisme et ses déclarations provocatrices en font un sellable fighter, un combattant capable de vendre des PPV. De l’autre, accorder un combat pour le titre à un athlète classé hors du top 10 risquerait de dévaloriser la ceinture.
La solution ? Un combat éliminatoire contre un adversaire mieux classé, comme Shavkat Rakhmonov ou Jack Della Maddalena. Une option que Prates semble anticiper : *"Si Makhachev a peur, je comprends. Mais je serai là quand il voudra. En attendant, je prends tout ce que l’UFC me donne."* Une réponse qui montre une stratégie en plusieurs étapes : d’abord provoquer le champion, puis accepter des combats de transition pour monter en crédibilité.
Reste une question : et si Prates perdait son prochain combat ? Toute sa stratégie s’effondrerait. Mais comme il le dit lui-même : *"Dans ce sport, tu dois prendre des risques. Moi, je mise sur le mien."* Un pari audacieux, qui pourrait bien payer... ou le renvoyer dans l’anonymat.
Le Brésil, terre des provocateurs : Prates dans la lignée de Vitor Belfort et José Aldo
Carlos Prates n’est pas le premier Brésilien à utiliser la provocation comme levier pour obtenir des combats. Avant lui, Vitor Belfort avait marqué les esprits avec ses déclarations explosives, tandis que José Aldo jouait la carte du silent assassin avant de devenir champion. Mais Prates innove en mélangeant ironie, autodérision et confiance affiché.
Son surnom, Pesadelo ("Cauchemar"), prend tout son sens dans cette stratégie. Comme un cauchemar, il hante les esprits : les fans en parlent, les médias en débattent, et les organisateurs doivent le prendre en compte. Reste à savoir si ce cauchemar deviendra une réalité pour Makhachev... ou si Prates ne sera qu’un bad dream rapidement oublié.
Une chose est sûre : dans un sport où l’attention est aussi importante que les victoires, Carlos Prates a compris une chose essentielle. Comme il l’a confié à Combate : *"Au Brésil, on dit que même une pierre peut faire du bruit si tu la lances assez fort. Moi, je suis cette pierre. Et je vais faire du bruit jusqu’à ce qu’on m’écoute."*

