UFC 321 : Le KO qui a tout changé
Le 13 juillet 2024, à Abou Dhabi, Azamat Murzakanov est entré dans l’Octogone avec une réputation de finisseur, mais aussi des doutes : pouvait-il dominer un top 10 comme Aleksandar Rakić ? La réponse fut cinguante. Dès le deuxième round, un crochet du gauche précis a envoyé le Serbe au tapis, scellant une victoire par KO qui a fait vibrer le Yas Island. Dana White, présent en coulisses, n’a pas caché son enthousiasme : "Ce gars est un tueur. Il a tout pour devenir champion."
Ce succès n’était pas un coup de chance. Murzakanov avait méthodiquement démonté Rakić, combinant pression constante, frappes puissantes et une défense au sol impeccable. 15 frappes significatives en moyenne par round, un taux de précision de 68% : les statistiques confirment ce que l’œil voit: un athlète complet, aussi technique qu’explosif.
La performance a immédiatement propulsé Murzakanov dans le Top 5 des mi-lourds, une ascension fulgurante pour un combattant qui, il y a trois ans, évoluait encore dans des organisations régionales. Mais comment en est-il arrivé là ?
Des débuts discrets à l’explosion dans l’UFC : la recette Murzakanov
Né en 1995 à Makhachkala (Dagestan, Russie), Azamat Murzakanov a commencé le combat tardivement, à 20 ans, après une jeunesse marquée par le football et le sambo. Contrairement à beaucoup de ses compatriotes, il n’a pas grandi dans un dojo, mais s’est forgé dans l’adversité. "Je n’avais pas d’argent pour les entraînements, alors je courais 10 km par jour avec un sac à dos rempli de pierres", confie-t-il dans une interview pour RT Sport.
Son passage par le Dana White’s Contender Series en 2021 a été un tournant. En 33 secondes, il a terrassé Luan Lacerda d’un KO monstrueux, obtenant un contrat UFC sur-le-champ. Dana White, habituellement avare de compliments, avait alors lâché : "Ce mec frappe comme un camion. On va le surveiller de près."
Depuis, Murzakanov a enchaîné les victoires, chacune plus impressionnante que la précédente :
- UFC 272 (2022) : Soumission contre Dustin Jacoby (étranglement arrière).
- UFC 284 (2023) : KO contre Devin Clark en 1 min 45.
- UFC 294 (2023) : Décision unanime face à Ihor Potieria, prouvant sa capacité à gérer un combat sur la durée.
Son secret ? Une préparation physique extrême (jusqu’à 3 séances par jour) et un mental d’acier. "Je ne pense pas à la défaite. Pour moi, chaque combat est une question de vie ou de mort", déclare-t-il sobrement.
Un style de combat qui terrifie : puissance, pression et finitions
Ce qui frappe chez Murzakanov, c’est son style hybride : il allie la puissance des frappeurs russes (à l’image d’un Fedor Emelianenko en plus explosif) à la technique des lutteurs dagestanais. Ses atouts majeurs :
- Puissance de frappe : 10 KO en 16 combats, avec une main gauche dévastatrice.
- Pression constante : Il avance sans relâche, étouffant ses adversaires (moyenne de 5,2 frappes par minute).
- Défense au sol sous-estimée : Malgré son image de "striker", il a soumis Dustin Jacoby et résisté aux tentatives de Ihor Potieria, spécialiste du grappling.
- Calme sous pression : Jamais paniqué, même face à des adversaires plus expérimentés.
Les analystes comparent son approche à celle d’un Israel Adesanya en version mi-lourds : une combinaison de précision chirurgicale et de puissance brute. Daniel Cormier, commentateur pour ESPN, résume : "Murzakanov est le type de combattant qui peut gagner d’un KO à tout moment, mais aussi dominer sur 3 rounds. C’est ça qui le rend dangereux."
Pourtant, des failles subsistent. Certains experts, comme Robin Black (analyste pour Fight Network), soulignent son manque d’expérience face à l’élite absolue : "Il n’a pas encore affronté un top 3. Pereira, Prochazka ou Hill sont d’un autre niveau. La vraie question : peut-il gérer leur intelligence de combat ?"
Et maintenant ? La route vers le titre passe par qui ?
Avec sa victoire contre Rakić, Murzakanov a franchi un cap. Mais la division des mi-lourds est un nid à vipères :
- Alex Pereira (champion) : Un combat contre le Brésilien semble prématuré, mais une victoire contre un top 3 pourrait le propulser.
- Jiri Prochazka (ex-champion) : Un style explosif vs explosif, un duel de KO artists.
- Jamahal Hill : Son jeu de jambes et sa boxe pourraient poser problème à Murzakanov.
- Magomed Ankalaev : Un compatriote russe, spécialiste du grappling, pour un choc de styles.
Dana White a déjà évoqué un possible affrontement contre Prochazka d’ici fin 2024. Murzakanov, lui, reste focalisé : "Je veux le titre. Peu importe l’adversaire. Je suis prêt à tout écraser sur mon passage."
Un détail intrigue : Murzakanov s’entraîne désormais avec Khabib Nurmagomedov et son équipe à Eagle FC. Une collaboration qui pourrait affiner son grappling et le rendre encore plus complet. "Khabib m’a appris une chose : la domination ne suffit pas. Il faut briser l’adversaire, mentalement et physiquement", révèle-t-il.
Le "Problème Russe" : pourquoi les mi-lourds tremblent
Murzakanov incarne une nouvelle vague de combattants russes : jeunes, hungries, et sans peur. Contrairement à ses prédécesseurs (comme Fedor ou Overeem), il n’a pas connu les débuts chaotiques du MMA russe. Il bénéficie d’un système d’entraînement ultra-moderne, mêlant science des données et méthodes traditionnelles dagestanaises.
Son équipe, Berkut FC, est connue pour son approche impitoyable. "Chez nous, si tu perds à l’entraînement, tu es puni. Pas avec des pompes, mais avec des combats supplémentaires. La douleur est notre professeur", explique son coach, Shamil Zavurov.
Cette mentalité, couplée à son physique impressionnant (1,88 m pour 93 kg de muscles), fait de lui un cauchemar pour la division. Michael Bisping, légende de l’UFC, avertit : "Murzakanov est le genre de mec qui peut changer une division en une nuit. Si Pereira ne fait pas attention, il pourrait se réveiller avec un nouveau prétendant n°1."
Avec un palmarès immaculé, une puissance de frappe dévastatrice et une détermination sans faille, Azamat Murzakanov n’est plus un outsider : c’est une menace crédible pour le trône des mi-lourds. Son KO contre Rakić à l’UFC 321 a marqué un tournant, prouvant qu’il pouvait rivaliser avec l’élite. Les prochains mois seront cruciaux : un combat contre Prochazka ou Hill pourrait le propulser en prétendant n°1, à un pas d’un duel contre Pereira.
Reste une question : son style explosif, aussi efficace soit-il, suffira-t-il face à des adversaires plus techniques et expérimentés ? Une chose est sûre : dans l’univers impitoyable des mi-lourds, Murzakanov a déjà écrit son nom en lettres de feu. Et il n’a pas fini de surprendre.

