"Je ne reculerai pas" : Lemos en mode guerre contre l'ogre du grappling
Quand Amanda Lemos monte dans l'octogone ce samedi à Noche UFC, ce ne sera pas un combat comme les autres. La Brésilienne de 36 ans, surnommée "Lioness" pour son agressivité légendaire, affronte rien de moins que Tatiana Suarez – la femme qui a terrifié la division des pailles avec un grappling étouffant et une série de sept victoires consécutives avant sa défaite contre Zhang Weili. Pour Lemos, ce duel représente bien plus qu'une simple victoire : une revanche sur son passé et une déclaration de guerre aux prétendantes au titre.
Depuis sa défaite contre Zhang Weili en août 2023 – un combat où elle avait encaissé trois takedowns sur cinq tentatives – Lemos a méthodiquement reconstruit son jeu. Deux victoires plus tard (contre Michelle Waterson et Marina Rodriguez), la Brésilienne affiche un taux de défense au sol passé de 58% à 82% en un an. "J'ai passé six mois à travailler uniquement la défense contre les lutteuses", révèle-t-elle. "J'ai même fait venir Helen Maroulis, double championne olympique, pour me préparer spécifiquement à Suarez." Un investissement qui pourrait faire toute la différence face à une adversaire dont 63% des victoires viennent de ses projections (source : FightMetric).
Mais au-delà des statistiques, c'est l'état d'esprit de Lemos qui frappe. "Je ne viens pas juste pour gagner, je viens pour dominer", a-t-elle lancé lors de la conférence de presse. Une déclaration qui résonne comme un défi direct à Suarez, réputée pour son style méthodique et étouffant. "Elle n'a rien inventé. Son jeu, c'est takedown, contrôle, soumission. Rien de plus", analyse Lemos avec un sourire en coin. "Et cette fois, je serai prête."
Suarez : L'ombre d'une championne ou une machine toujours aussi redoutable ?
De l'autre côté de l'octogone, Tatiana Suarez incarne l'énigme de ce combat. L'Américaine de 33 ans, ancienne gagnante de The Ultimate Fighter, revient après 18 mois d'absence marqués par des blessures récurrentes au genou et une première défaite en carrière contre Zhang Weili. Un parcours qui soulève une question cruciale : Suarez est-elle toujours la même combattante ?
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : avant sa défaite, Suarez affichait un taux de réussite de 54% en takedowns (l'un des meilleurs de la division) et une moyenne de 3,2 soumissions tentatives par combat. Mais après une aussi longue absence, même les kinésithérapeutes de l'UFC s'interrogent : "Un genou blessé peut altérer la réactivité et l'explosivité pendant 12 à 24 mois", explique le Dr. Paulina Tomaszek, spécialiste des blessures en MMA. "Le vrai test sera de voir si elle retrouve son timing."
Lemos, elle, n'a aucun doute : "Une première défaite change une combattante. Soit elle devient plus forte, soit elle commence à douter. Moi, je parie sur la deuxième option." Une analyse qui n'est pas sans fondement. Les psychologues du sport notent que 42% des athlètes mettent entre 6 et 12 mois à retrouver leur confiance après une première défaite majeure (étude de l'Université de Las Vegas). Suarez, qui n'a connu que la victoire avant 2023, entre-t-elle dans cette catégorie ?
Pourtant, ceux qui connaissent "Boogeywoman" (son surnom) savent qu'elle n'est pas du genre à se laisser abattre. "Je me sens plus forte que jamais", a-t-elle déclaré à ESPN. "Les blessures m'ont appris la patience, et la défaite m'a appris l'humilité. Mais je reste la même combattante : celle qui ne lâche jamais." Des mots qui devraient résonner dans la tête de Lemos dès les premières secondes du combat.
"Le plan parfait" : Comment Lemos compte briser le code Suarez
Face à une grappeuse comme Suarez, la stratégie de Lemos repose sur trois piliers : la défense au sol, les contre-attaques en clinch et l'exploitation des transitions. "Elle va essayer de m'amener au sol, c'est certain. Mais cette fois, je serai prête à inverser la situation", explique Lemos, qui a passé des semaines à travailler avec des partenaires masculins pour simuler la puissance physique de Suarez.
Son équipe a identifié deux failles potentielles chez Suarez :
- Les transitions : Quand Suarez rate un takedown, elle met en moyenne 2,8 secondes à se repositionner (contre 1,5 pour les meilleures lutteuses). Un laps de temps que Lemos compte exploiter avec des coups de genou ou des élans pour sortir du clinch.
- L'endurance : Après 18 mois sans combat, Suarez pourrait manquer de rythme dans les rounds 2 et 3. Lemos, connue pour son cardio exceptionnel, mise sur une usure progressive.
Mais le vrai atout de Lemos pourrait bien être psychologique. "Je vais la faire douter dès les premières minutes", confie-t-elle. "Si je résiste à ses premières tentatives de takedown, elle va commencer à se demander : 'Et si mon jeu ne marchait plus ?'" Une stratégie risquée, mais qui a fait ses preuves contre des lutteuses comme Claudia Gadelha (victoire par KO en 2021).
Pourtant, un détail pourrait tout changer : l'arbitrage. Les juges de l'UFC ont tendance à favoriser les contrôles au sol dans les rounds serrés (72% des décisions controversées en 2023 ont penché pour le grappling, selon MMA Decisions). "Je dois gagner clairement, pas à la décision", reconnaît Lemos. "Soit je la KO, soit je la soumets. Il n'y a pas d'autre option."
Derrière les gants : La revanche personnelle qui motive Lemos
Ce que peu de gens savent, c'est que ce combat a une dimension personnelle pour Amanda Lemos. En 2019, alors qu'elle débutait en UFC, Suarez avait refusé de l'affronter, préférant un combat contre Nina Ansaroff. "À l'époque, j'étais la nouvelle, celle qu'on évitait", se souvient Lemos. "Aujourd'hui, c'est moi qui choisis mes combats. Et c'est elle qui doit me faire face."
Cette histoire, Lemos la raconte avec un mélange de fierté et de détermination. "Quand j'ai signé en UFC, on me disait : 'Tu frappes fort, mais tu ne sauras jamais lutter.'" Quatre ans plus tard, elle a prouvé le contraire, avec des victoires contre des spécialistes comme Angela Hill (ex-championne de kickboxing) et Marina Rodriguez (ex-n°3 mondiale). "Chaque combat était une leçon. Aujourd'hui, je suis prête pour Suarez."
Son entraîneur, Eric Nicksick (qui a aussi coaché Jorge Masvidal), va plus loin : "Amanda n'est pas juste une frappeuse. C'est une combattante complète maintenant. Elle a appris à utiliser son agressivité de manière intelligente." Preuve en est : contre Zhang Weili, malgré la défaite, Lemos avait réussi à inverser une position au sol en round 3 – une première dans sa carrière.
Pour Suarez, ce combat est aussi une question de légitimité. Après 18 mois d'absence, beaucoup doutent de sa capacité à retrouver son niveau. "Les gens oublient vite", soupire-t-elle. "Mais moi, je n'ai pas oublié comment on gagne. Et samedi, je vais leur rappeler." Deux visions, deux destins : celle qui veut prouver qu'elle a évolué, et celle qui veut prouver qu'elle n'a rien perdu.
Le facteur X : Ce qui pourrait tout faire basculer
Dans un combat aussi serré, les détails feront la différence. Voici trois éléments imprévisibles qui pourraient tout changer :
- Le poids : Suarez a eu des difficultés à faire le poids par le passé (elle a raté la bascule en 2019). Si elle arrive affaiblie, Lemos en profitera.
- Les premières minutes : 80% des combats de Suarez sont décidés dans les 90 premières secondes (elle a soumis 4 adversaires en round 1). Si Lemos survit à ce rush, ses chances augmentent.
- La foule : Noche UFC se déroule au Mexico City Arena, où les fans latino-américains soutiennent massivement les combattants brésiliens. Un avantage mental non négligeable.
Enfin, il y a la variable "Zhang Weili". Les deux femmes ont en commun d'avoir perdu contre la Chine. "Nous savons toutes les deux ce que ça fait de se faire dominer par Weili", note Lemos. "Mais moi, j'ai rebondi. Et samedi, je vais montrer que je suis la plus forte des deux."
Quand le cage se refermera samedi soir, ce ne sera pas seulement un combat pour le classement qui se jouera. Ce sera l'affrontement de deux philosophies : d'un côté, l'agressivité brute et la résilience d'Amanda Lemos, de l'autre, la précision technique et l'intelligence tactique de Tatiana Suarez. Deux femmes qui ont connu l'échec et qui veulent prouver qu'elles en sont sorties plus fortes.
Pour Lemos, une victoire signifierait un retour dans le top 3 et une nouvelle chance pour le titre. Pour Suarez, ce serait la confirmation qu'elle reste une force dominante, malgré les blessures et les doutes. Dans un sport où les carrières peuvent basculer en un instant, ce duel à Noche UFC a tout d'un moment charnière.
Une chose est sûre : quand le gong retentira, personne ne voudra être à la place de celle qui perdra. Car dans la division des pailles, il n'y a pas de place pour les faibles.

