Sterling : l’ancien roi en quête de rédemption
Aljamain Sterling n’a pas oublié le goût amer de la défaite. Après son revers face à Movsar Evloev en janvier 2024 – une décision unanime serrée (48-47, 48-47, 49-46) qui l’a privé d’une place de challenger – le *"Funk Master"* a méthodiquement reconstruit son momentum. Sa victoire contre Brian Ortega en juin dernier, bien que moins spectaculaire que ses soumissions légendaires (10 en carrière), a rappelé pourquoi il reste un cauchemar pour les grapplers. Avec un record de 2-1 chez les poids plumes, Sterling n’a qu’un objectif : un combat qui le propulsera dans le top 3.
Mais pourquoi Diego Lopes ? La réponse tient en trois mots : timing, légitimité et dangerosité. Lopes sort d’un KO retentissant contre Jean Silva à *Noche UFC*, un combat qui lui a valu un bonus Performance of the Night et une visibilité accrue. Affronter un adversaire en pleine confiance, capable de terminer 75% de ses victoires par KO/TKO, est un pari risqué… mais calculé. Comme Sterling l’a confié en post-combat : *"Je veux des mecs qui montent, pas des mecs qui descendent. Lopes est chaud, et moi aussi. Ça fait un mélange explosif."*
Derrière cette stratégie se cache une réalité plus profonde : Sterling a besoin d’un nom fort pour effacer Evloev de l’équation. Une victoire contre Lopes, classé dans le top 10, lui offrirait une revanche crédible… ou une place dans la conversation pour le titre, actuellement détenu par Ilia Topuria. Mais attention : Lopes n’est pas un faire-valoir. Le Brésilien a déjà prouvé qu’il pouvait tenir tête à l’élite, comme lors de son combat serré contre Alexander Volkanovski pour le titre vacant en 2023.
Lopes : l’outsider qui fait trembler les favoris
Diego Lopes est un paradoxe ambulant. D’un côté, un palmarès UFC impressionnant (6-2, avec des victoires contre des vétérans comme Pat Sabatini et Giga Chikadze). De l’autre, une défaite contre Volkanovski qui rappelle qu’il n’est pas encore invincible. Pourtant, c’est précisément cette résilience qui le rend dangereux. Après son échec pour le titre, Lopes a enchaîné deux victoires, dont un KO en 1 minute 30 contre Silva – un message clair envoyé à la division.
Son style ? Un mélange détonant de puissance pure (7 KO en 19 victoires pro) et d’une défense en striking redoutable (62% selon *FightMetric*). Contrairement à Sterling, qui privilégie le contrôle au sol, Lopes mise sur des contres explosifs et une pression constante. *"Je ne cherche pas les décisions. Je veux finir les combats"*, avait-il déclaré après sa victoire à *Noche UFC*. Une philosophie qui contraste avec l’approche méthodique de Sterling… et qui pourrait bien le surprendre.
Mais Lopes a aussi ses démons. Sa défaite face à Evloev en 2022 (décision partagée controversée) montre qu’il peut être dominé par un grappler de haut niveau. Or, Sterling est précisément ce type d’adversaire : un expert en soumissions (il détient le record du plus grand nombre de victoires par *rear-naked choke* en UFC) et un maître dans l’art de décomposer ses opposants round après round. Un duel entre les deux hommes serait donc bien plus qu’un simple combat : une bataille de faiblesses exploitées.
"Le Piège Evloev" : la clé invisible du combat
Il y a un détail qui échappe à beaucoup : Sterling et Lopes ont tous les deux perdu contre Movsar Evloev. Mais leurs défaites racontent deux histoires très différentes.
Sterling a subi une leçon de grappling. Evloev l’a dominé au sol, limitant ses tentatives de soumission et contrôlant le combat pendant trois rounds. Une performance qui a révélé une faille dans le jeu de Sterling : son incapacité à inverser la pression contre un adversaire plus fort physiquement. Lopes, lui, a perdu d’une manière encore plus frustrante : une décision partagée (29-28, 28-29, 30-27) où il a cru l’emporter. Une défaite qui a laissé des traces, comme il l’a admis : *"Ce combat m’a appris que les juges ne voient pas toujours ce que je fais. Maintenant, je dois finir les combats."*
C’est là que le combat contre Sterling prend tout son sens. Pour Lopes, c’est l’occasion de prouver qu’il a évolué depuis 2022. Pour Sterling, c’est une chance de montrer qu’il peut battre un adversaire qui a tenu tête à Evloev. Une victoire de l’Américain enverrait un message clair : *"Je mérite une revanche contre Evloev… ou un ticket pour le titre."*
Les statistiques jouent en faveur de Sterling sur le papier : 42% de précision en takedown (contre 33% pour Lopes) et une moyenne de 2,3 soumissions tentées par combat. Mais Lopes n’est pas un adversaire ordinaire. Son taux de finition de 75% en UFC et sa capacité à retourner une situation en un instant (comme contre Silva) en font un cauchemar pour les favoris. Sans compter son avantage en envergure (+5 cm), qui pourrait compliquer les tentatives de clinch de Sterling.
Scénarios possibles : qui a l’avantage ?
Scénario 1 : Sterling impose son grappling
Si l’Américain parvient à amener Lopes au sol dès les premiers rounds, le combat pourrait basculer rapidement. Sterling excelle dans les transitions fluides (il a réussi 50 takedowns en carrière) et sait étouffer ses adversaires avec un *top control* implacable. Lopes, malgré une défense au sol correcte (58% de *takedown defense*), n’a jamais affronté un grappler aussi complet. Risque majeur : une soumission en 2e ou 3e round, si Sterling parvient à fatiguer le Brésilien.
Scénario 2 : Lopes surprend avec un KO
Le Brésilien a prouvé qu’il pouvait terminer un combat en un clin d’œil. Contre Silva, il a attendu le bon moment avant de placer un crochet du gauche dévastateur. Face à Sterling, moins mobile que ses précédents adversaires, Lopes pourrait exploiter les moments de transition (quand Sterling tente un takedown) pour placer un contre fatal. Point clé : si Lopes résiste aux premières minutes, ses chances augmentent exponentiellement.
Scénario 3 : un combat serré qui va en décision
Moins probable, mais possible. Sterling pourrait choisir une approche prudente, évitant les échanges risqués pour accumuler les points. Lopes, lui, devra forcer le rythme pour espérer l’emporter aux yeux des juges. Dans ce cas, la défense en striking de Lopes (62%) et son volume de coups (5,2 frappes significatives par minute) pourraient faire la différence.
Le facteur X : la pression mentale
Sterling a l’habitude des grands combats (deux titres en poids coqs, victoires contre Petr Yan et TJ Dillashaw). Lopes, lui, n’a jamais affronté un ancien champion. Comment réagira-t-il face à l’expérience de Sterling ? Une question cruciale, surtout si le combat se prolonge. À l’inverse, Sterling devra gérer son stress post-Evloev : une nouvelle défaite le reléguerait définitivement dans la queue des prétendants.
Ce que les experts en disent
Les avis sont partagés. Daniel Cormier, commentateur pour ESPN, penche pour Sterling : *"Aljo est trop intelligent. Il va trouver un moyen de neutraliser la puissance de Lopes et de l’amener dans les eaux profondes. C’est là qu’il est le plus dangereux."* À l’inverse, Paul Felder voit Lopes l’emporter : *"Sterling a ralenti. Lopes est en train de monter en puissance, et son striking est trop précis. Un crochet bien placé, et c’est fini."*
Du côté des bookmakers, Sterling est léger favori (odds à -140 contre +120 pour Lopes), mais les parieurs savent que ce combat est tout sauf prévisible. Une chose est sûre : le gagnant se retrouvera propulsé dans le top 5 des poids plumes, avec une ligne directe vers Evloev… ou même Topuria.

