14 octobre 2023, Varsovie. Le jour où Adrian Bartosiński a entendu le nom de Muslim Tulshaev associé au sien pour le gala XTB KSW 113, quelque chose a cliqué. Pas une simple défense de titre de plus, pas une revanche attendue. Non : un vrai défi. "Dès que j’ai su que c’était lui, j’ai souri, confiait-il en conférence de presse. Enfin un adversaire qui sort des sentiers battus." Pour la première fois depuis son couronnement, le champion invaincu des poids mi-moyens se frotte à un profil qui le force à repenser chaque détail de son jeu. Et ça, visiblement, ça l’électrise.
Un adversaire "hors norme" : pourquoi Tulshaev intrigue tant Bartosiński
Muslim Tulshaev n’est pas un combattant comme les autres. Avec ses 1,85 m pour 77 kg (contre 1,78 m pour Bartosiński), une allonge de 193 cm (soit 13 cm de plus que le Polonais), et un style mêlant kickboxing agressif et grappling défensif, il incarne ce que les analystes appellent un "cauchemar tactique". "Il a des armes que je n’ai jamais affrontées en compétition, explique Bartosiński. Ses coups de pied en diagonale, sa gestion de la distance… C’est le genre de gars qui peut vous surprendre même quand vous pensez avoir tout prévu."
Pour comprendre l’ampleur du défi, il suffit de regarder les chiffres : Tulshaev a terminé 6 de ses 8 dernières victoires par KO/TKO, dont 3 au premier round. Son taux de strikes significatifs (58%) et sa précision au sol (72% de tentatives de soumissions réussies) en font un hybride dangereux. "Je me suis replongé dans ses combats contre Dricus Du Plessis ou Roberto Soldić, avoue Bartosiński. Même en défaite, il a montré une résilience folle. Ce n’est pas un sparring partner, c’est un problème ambulant."
Pourtant, c’est précisément cette inconnu qui attire le Polonais. "Les revanches contre Grzebyk ou Rajewski, c’était bien, mais là, c’est différent. Tulshaev me force à sortir de ma zone de confort. Et ça, c’est exactement ce dont j’ai besoin pour évoluer." Une philosophie qui rappelle celle d’un Israel Adesanya face à Alex Pereira : parfois, il faut affronter ses démons techniques pour grandir.
"Je veux qu’on parle de ce combat dans 10 ans" : l’enjeu historique
Bartosiński ne cache pas ses ambitions : ce combat doit marquer l’histoire du KSW. "Je ne veux pas juste gagner. Je veux que les gens se souviennent de ce soir comme d’un moment charnière pour les poids mi-moyens en Europe.", lance-t-il. Pour y parvenir, il a revu toute sa préparation :
- Travail spécifique sur la distance : "Avec mon équipe, on a simulé son allonge en utilisant des élastiques et des partenaires plus grands. Il faut que je sente cette distance avant le combat."
- Renforcement des contres : "Tulshaev aime les enchaînements pied-poing. On a bossé des parades qui me permettront de riposter immédiatement."
- Gestion du clinch : "Son grappling est sous-estimé. J’ai travaillé avec des lutteurs pour anticiper ses prises."
Un travail de moine shaolin, comme le décrit son entraîneur, Marcin Najman : "Adrian passe 3 heures par jour à étudier les moindres tics de Tulshaev. Il veut que ce soit parfait." Une obsession qui rappelle la préparation de Khabib Nurmagomedov avant ses combats, où chaque détail comptait.
Mais attention : Tulshaev n’est pas du genre à se laisser impressionner. Dans une interview à MMA Junkie, il a lancé : "Bartosiński est un bon champion, mais il n’a jamais affronté quelqu’un comme moi. Je vais lui montrer ce que ça fait de se battre contre un vrai strikeur." Une déclaration qui a fait sourire le Polonais : "Parfait. Juste ce qu’il me fallait pour monter d’un cran."
Le piège à éviter : l’arrogance des invaincus
Avec un palmarès de 10-0 au KSW et 5 défenses de titre réussies, Bartosiński pourrait tomber dans le travers de l’excès de confiance. Pourtant, son approche est radicalement différente. "Regardez ce qui est arrivé à Ben Askren contre Jorge Masvidal, rappelle-t-il. 5 secondes, un flying knee, et tout s’écroule. Dans ce sport, tu es aussi fort que ton dernier combat."
Pour éviter ce piège, il s’est entouré de nouveaux sparrings, dont le Français Cédric Doumbé (passé par le KSW), connu pour son explosivité. "Cédric m’a aidé à travailler les angles et la vitesse. Avec lui, tu n’as pas le temps de réfléchir : soit tu réagis, soit tu manges des coups." Une méthode brutale mais efficace, qui force Bartosiński à rester ultra-réactif.
Autre risque : sous-estimer l’endurance de Tulshaev. "Il a l’habitude des combats en 5 rounds, note l’analyste Piotr Baginski. Si Bartosiński ne le termine pas tôt, il pourrait payer cher en fin de match." Une faiblesse que le Polonais reconnaît : "Je dois gérer mon énergie. Pas question de gaspiller mes forces dans les premières minutes."
Scénarios possibles : KO, soumission… ou surprise ?
Les bookmakers donnent Bartosiński favori (1.65 contre 2.20 pour Tulshaev), mais les experts sont divisés. Voici les 3 scénarios les plus probables :
- Victoire de Bartosiński par décision (60% de chances) : S’il parvient à neutraliser l’allonge de Tulshaev et à le dominer au sol, il pourrait l’user progressivement. "Adrian est un maître du top control, analyse Tomasz Marcinkowski, commentateur KSW. S’il amène Tulshaev au tapis, ce sera très dur pour lui de se relever."
- KO de Tulshaev au 2ème round (25% de chances) : Si le Russe trouve la faille dans la défense de Bartosiński, son puissance pourrait faire la différence. "Un coup de pied au foie ou un uppercut bien placé, et c’est fini", prévient Daniel Cormier, qui a étudié le style des deux hommes.
- Soumission de Bartosiński au 3ème round (15% de chances) : Moins probable, mais pas impossible. "Si Tulshaev se fatigue, Adrian a les compétences pour verrouiller un rear-naked choke ou un armbar", estime Norman Paraisy, ancien combattant UFC.
Un élément pourrait tout changer : l’arbitrage. Tulshaev a souvent été critiqué pour son jeu borderline (coups après le gong, clinch agressif). "Si l’arbitre est strict, ça pourrait avantager Adrian, note Marek Zieminski, journaliste MMA. À l’inverse, un arbitre laxiste jouerait en faveur de Muslim."
Ce que ce combat signifie pour l’avenir du KSW
Au-delà du titre, ce combat a une portée symbolique. "Si Bartosiński gagne, il confirme son statut de GOAT (Greatest Of All Time) du KSW, explique Maciej Kawulski, historien du MMA polonais. S’il perd, ça ouvre la voie à une nouvelle ère, avec des jeunes comme Patryk Kaczmarczyk ou Kacper Koziorzębski qui pourraient émerger."
Pour Tulshaev, une victoire serait un tremplin vers l’UFC. "Il a déjà été approché par Dana White, révèle une source proche du combattant. Un KO contre Bartosiński, et il signe direct." Une pression supplémentaire pour le Polonais, qui sait que son héritage est en jeu.
Enfin, il y a l’aspect spectacle. Le KSW mise gros sur ce combat, avec une scénographie inédite (écrans géants, lumière dynamique) et une build-up médiatique digne des grands galas UFC. "On veut que les fans aient l’impression d’assister à un main event historique, confirme Marcin Ryszka, directeur marketing du KSW. Les billets pour le Ergo Arena de Gdańsk sont déjà sold out."

